Amicalement vôtre

A votre place, je demanderais.

Vos amis restés en France, vous êtes toujours en contact avec eux ?

Ah, mais savez-vous que c’est une excellente question que vous me posez-là.
Vous voulez dire, vos amis vous donnent-ils des nouvelles, vous appellent-ils, vous écrivent-ils, sont-ils venus vous voir, etc ?

Puisque vous m’interrogez, je vais vous répondre.

Non, pour la plupart.

Ces chameaux-là ne donnent aucune nouvelle et n’en demandent pas non plus.

C’est un peu l’un des inconvénients de ce pays magnifique : à force de penser que nous vivons ici dans une perpétuelle obscurité glacée, les gens hésitent à venir.

Je présume que les demandes d’invitations se seraient faites plus fréquentes si nous avions préféré les Maldives.

Les gens sont d’un snobisme.

De façon très schématique, j’ai tendance à penser qu’il existe 3 sortes « d’amis ».
Les premiers, ce sont les vrais. Les purs. Les durs. Les inamovibles. Les amis pour la vie.

Ils sont d’ailleurs hors catégorie. Donc je ne sais pas ce qu’ils foutent dans celle-ci.

Bref. Ceux-là ont fait leur preuve.

En fait, ça tombe plutôt bien, parce que l’intensité de leur amitié est inversement proportionnelle à leur envie de l’exprimer.

En d’autres termes, leurs démonstrations d’amitié se manifestent le plus souvent quand je suis de passage à Paris ou bien à l’occasion d’événements particuliers.

Je n’ai eu le plaisir d’accueillir ici aucun de ces amis là.
Mais ce n’est qu’une question de temps.

De temps qu’il fait aussi, c’est vrai.

Dans la seconde catégorie, je range ceux qui ne pouvaient être dans la première compte-tenu de leur absence d’ancienneté, mais qui nous ont témoigné leur affection d’une façon ou d’une autre.
C’est par exemple le cas de Marie (qui se reconnaitra si elle nous lit, ce dont je doute finalement compte-tenu de son aversion pour les nouvelles technologies de l’information en général et pour la lecture sur écran à cristaux liquides en particulier).

Marie n’est pas encore venue nous voir, elle n’écrit pas et appelle peu.

Marie envoie des œuvres d’art à son amie Valérie, mon épouse.

Ben oui.

J’exagère donc en disant qu’elle n’écrit pas. Le fait est que ces lettres sont des objets d’autant plus précieux qu’ils sont uniques.

La photo plus haut est l’un des courriers de Marie.

Vous je ne sais pas, mais moi ça m’épate.

A la limite ce n’est pas tant l’objet en tant que tel, quoiqu’il m’apparaisse d’une indubitable créativité ; mais c’est le temps qu’il a fallu passer à le réaliser qui me bluffe.

Car si je m’efforce de décortiquer les étapes d’élaboration de la carte sur la photo (qui n’est que l’une des nombreuses envoyées), je me dis qu’il a fallu chercher, trouver, acheter chacun des petits éléments qui la compose ; et que Marie aura ensuite, découpé, collé, composé, rédigé… en un mot créé la carte en question.

Voilà ce que j’appelle une preuve manifeste d’amitié.

Marie

Enfin il y a ceux dont vous pensiez qu’ils auraient pu faire partis des seconds et que vous avez relégué en 3e division. Trop de nuls.
En troisième classe plutôt. Avec ceux qui donc n’existent plus.

Ils avaient pris soin de noter nos coordonnées, avaient promis qu’ils seraient présents.

Leurs sourires, leurs attentions, leur présence d’alors parlaient pour eux.

Croix de bois, croix de fer… Chansons douces devenues souvenirs amères.

Aujourd’hui, malgré nos tentatives de contact, rien. Le vide. L’absence. Silence, le monde tourne.

Disparus les « amis » d’alors. Volatilisés les « on s’appelle, on s’écrit, c’est promis ».

Ne restent que les vagues échos de promesses trop ténues pour être tenues, les images floues de sourires prometteurs devenus visages blêmes.

« Loin des yeux, loin du cœur », dit-on.

C’est donc parfois vrai.

Hypocrites hier, négligents par lâcheté aujourd’hui. Les hypocrites ont toujours quelques lâchetés en réserve. C’est une loi de la nature humaine. Il suffit d’attendre.

Vous allez me dire : « n’êtes-vous pas trop exigeant ? Ils avaient sans doute des soucis à régler, des urgences à gérer… ».

Ben voyons. On voit bien que vous ne vivez pas dans une ville à proximité de laquelle les étendues volcaniques environnantes font davantage penser à une annexe de la lune qu’aux espaces de sable blanc bercés par les brises chaudes des îles pré citées.

Plus d’un an que nous sommes ici dans l’attente désespérée d’une lettre qui confirmerait l’existence persistante d’une terre habitée.

Pensez donc : 2,8 habitants au km carré. S’agit de pas les louper ces presque 3 là. En Islande, sans une fenêtre cathodique sur la France, il deviendrait aisé d’imaginer que la planète s’est rapidement dépeuplée.

De toute façon cet isolement me convient parfaitement.
Pour répondre à la question que vous n’avez pas posée : l’amitié n’a-t-elle pas l’exigence pour principal combustible ? Et néglige-t-on ses prétendus amis ?

Je me montre en casse-couille aigri, mais en réalité, je dois bien reconnaitre que cela ne me surprend ni ne m’affecte autant que je veux bien le prétendre.

Pourquoi ?

Parce que finalement ne comptent vraiment que les amis de toujours ainsi que les personnes qui vous font la plaisante surprise de le devenir.

Il n’y a donc pas de 3e catégorie, de médaille de bronze de l’amitié.

Au mieux, ces derniers ne sont-ils que des gens de passage, des bohémiens de l’amitié.
Aujourd’hui chez vous, demain chez un autre.

Rencontres par essence éphémères que je sais devoir prendre à la légère.

Bien qu’il soit parfois un peu lourd de porter sa propre naïveté.

À propos de eric

Chroniqueur taquin en phase d'apprentissage.

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9 comments

  1. parfois l’amitié c’est de se recroiser après 20 ans de vie parallèle,
    parfois l’amitié, c’est le plaisir de donner plus que recevoir,
    parfois aussi d’accepter les faiblesses et défaillances justement..
    la distance, le vide, ça fait peur!! même aux amis!!
    les coups durs redistribuent souvent les cartes des liens d’amitié, c’est vivant l’amitié et parfois ça hiberne!!
    bizz

  2. @Racine : J’ai également pensé à cette chanson de Léo Ferré
    @l’Isalndais: Retour à Paris dans combien de temps?

  3. « Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
    A certaines heures pâles de la nuit
    Près d’une machine à sous, avec des problèmes d’hommes simplement
    Des problèmes de mélancolie »… Monsieur Richard, Léo Ferré

    Bientôt le retour à Paris, Eric ? Vous serez peut-être moins isolé. Je garde néanmoins votre lien sur l’Islande…

    Racine

  4. J’ai préféré venir vous lire ici que sur facebook. Histoire de faire un peu mieux connaissance. Bientôt parisien dites vous? Quel changement!!!

    Mes amitiés

    Claudia

    Claude.Chatron-Colliet

  5. Kiji, mis à part, il est bien dommage que je ne puisse remercier directement Bruno et lita pour leurs messages.
    D’autant plus dommage que leurs pourtant courtes missives me laissent à penser qu’ils auraient sans doute leur place dans la seconde catégorie 🙂
    Mais peut être reviendront-ils…

  6. il parait que j’ai une conception particulière de l’amitié, du lien… sans être islandaise.
    si je dépose ce mot ici, c’est aussi pour saluer la fluidité de ta plume, ton humour à l’effleuré moucheté. je ne connais pas l’Islande, mais il semble qu’on y trouve de belles âmes.
    bonne journée

  7. c’est moins aigri que sautillant d’ironie ! ta classification des trois sortes d’amis m’évoque celle dont j’ai relu récemment le texte sur les trois catégories :
    « les amis qui vous aiment, les amis qui ne pensent pas à vous et les amis qui vous haïssent » de Joseph Joubert. Finalement, je pense que tu es plus proche de la réalité : les hypocrites et les lâches sont plus nombreux que les gens qui vous détestent et disant cela je ne m’exclus pas, dans un grand nombre de cas, de la catégorie des hypocrites/lâches…

  8. Bravo l’orthographe… 😉

  9. Un tel texte doit être préconisé pour se prémunir de cauchemars Elyséens 🙂

    Revenons à l’amitié, je suis d’accord avec toi.
    L’éloignement nous amène à tirer un trait sur cette 3eme catégorie composée d’être appartenants aux bonnes ou mauvaises mais marquantes exepériences du passé.
    D’autres événements nous conduisent à cette fois constater qu’il n’existe qu’une seule catégorie. La première composée de personnes que l’on peut compter sur les doigts d’une seule main. Et comme tu l’as bien souligner, cette amitié est souvent discrète, non démonstrative.

    Bonne nuit

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