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ça s’est passé en janvier

Icesave (suite et fin ?)

« Et maintenant faisons la fête !» a dit Össur Skarphéðinsson, Ministre des Affaires Etrangères ; et effectivement il ne pouvait y avoir de meilleure réaction au jugement du 28 janvier 2013 de la Haute Cour de l’AELE, inattendu autant qu’attendu :

  • attendu, car il lève une lourde épée de Damoclès accrochée au-dessus de l’économie islandaise depuis le début de la crise, et toujours en mouvement !
  • inattendu, car bien peu pronostiquaient un tel résultat.

Le jugement est complexe, et le chroniqueur espère que ses lecteurs lui pardonneront de ne pas en avoir fait d’exégèse. A la base il y a l’affirmation que, même si les clients des banques doivent être protégés en cas de défaillance, on ne peut exiger d’un Etat qu’il intervienne dans cette protection ; dans le cas où les avoirs de la banque seraient insuffisants, il appartient à la profession de se mobiliser. Rendons cette justice au Président Ólafur Ragnar Grímsson : il est l’un des rares à avoir publiquement soutenu cette thèse (1) … et en avoir tiré les conséquences.

 Icesave

Quelles sont les conséquences ? Distinguons l’économique et le politique.

A court terme, les conséquences économiques sont relativement faibles puisque l’on sait depuis deux ans au moins que Landsbanki est en mesure de rembourser l'intégralité de ce qui est du aux clients britanniques et néerlandais de Icesave et que ne serait resté à la charge de l’Etat que tout ou partie des intérêts, eux-mêmes considérablement réduits dans le dernier accord. L'estimation était alors de 50 milliards d'Ikr (328 millions d’euros). Cerise sur le gâteau : voici que l’AELE va rembourser 140 millions d’Ikr au titre des dépens.

A plus long terme, cet « acquittement » est important car il permettra de restaurer la crédibilité de l’emprunteur islandais ; c’est ainsi que les agences de notation avaient soumis toute révision positive de leur note à la solution de ce problème. Et il est vrai qu’un jugement défavorable aurait contraint les autorités islandaises à une nouvelle négociation dans des conditions très défavorables.

Au plan de la classe politique les discours appellent au rassemblement. De fait, seul le Parti du Progrès a été hostile aux trois accords, alors que le Parti de l’Indépendance s’était divisé sur le troisième. Les opposants doivent convenir qu’il aurait été impossible de redresser l’économie islandaise comme elle l’a été sans la recherche d’un accord, fût-il léonin : pas d’aide du FMI, aucune crédibilité sur les marchés financiers, pas de négociation avec l’Union Européenne. Le gouvernement avait choisi d’en finir le plus vite possible, quitte à accepter d’en payer le prix. Etait-ce le bon choix ? En tout état de cause, Icesave aura pesé sur la vie économique et politique d’un poids énorme par ses coûts directs et en retardant considérablement la reprise de l’économie.

LandsbankiBjörgólfur Thór Björgólfsson, ancien propriétaire de Landsbanki, le dit sans ambage : « la vieilleGrýla est enfin morte. Doit-on penser que certains hommes politiques ont cru pouvoir rassembler le peuple contre des ennemis communs ? N’est-il pas imaginable que d’autres affaires soient tombées dans l’oubli pendant que certains fulminaient à propos de la condition d’esclave qui attendait les enfants islandais ; est-on prêt maintenant à regarder qui a tiré profit de susciter la panique dans le peuple au lieu de dire la vérité sur Landsbanki et sa position ? ».

L’actualité politique

Les électeurs n’avaient pas besoin de lire le blog de Björgólfur Thór pour douter de leur classe politique ; cette désaffection est confirmée sondages après sondages. Selon l’un d’eux, réalisé par l’institut MMR en décembre 2012 et portant sur diverses préoccupations quotidiennes, seuls 60% des électeurs ont confiance en un ou plusieurs partis pour apporter des solutions à leurs problèmes. Ce taux était de 78% en avril 2009.

Le 22 janvier un autre sondage est publié, qui, s’il est confirmé, constitue la seconde nouvelle importante du mois : le parti de l’Avenir Clair (« Björt Framtíð »), nouveau venu sur la scène politique, obtiendrait 13.4% des voix aux élections législatives et dépasserait le Parti du Progrès (11.9%) et la Gauche Verte (7.3%). Sans surprise le score du Parti de l’Indépendance (40.7%) lui permettrait d’obtenir 28 sièges, soit 12 de plus qu’actuellement. Quant à l’Alliance, elle aurait moins de 20% des suffrages (19.2%) et perdrait 7 de ses 20 sièges.

Sigmundur Davíd

Il ne s’agit que de sondages, dont nous avons souvent constaté la versatilité. Des reclassements sont à venir : conséquences de Icesave avec un gain possible pour le Parti du Progrès (Sigmundur Davíð, son président, a demandé des excuses aux Britanniques !) ; de plus l’Alliance a maintenant un nouveau président. Mais il paraît peu probable, sauf événement exceptionnel, que le Parti de l’Avenir Clair perde son avance, soit 9 sièges qui auront un impact évident sur les résultats des élections d’avril 2013, et la composition de la nouvelle majorité.

Une nouvelle direction à l’Alliance Social démocrate :

Jóhanna Sigurðardóttir ayant annoncé son intention d’abandonner la vie politique à l’occasion des élections à venir, un nouveau président a été élu le 2 février, qui n’est pas exactement celui qu’elle souhaitait : Árni Páll Árnason, ancien ministre du Commerce, évincé lors du dernier remaniement ministériel. Agé de 46 ans, Árni Páll est juriste de formation, et passe pour être plus à gauche que son concurrent Guðbjartur Hannesson. Il est très engagé en faveur de l’adhésion à l’UE. Mais son challenge sera précisément de donner à son parti un programme ne se limitant pas à cette adhésion. Sa vice-présidente sera Katrín Júlíusdóttir, agée de 38 ans et actuelle ministre des Finances. Un rajeunissement certainement bienvenu pour des électeurs qui ont surtout soif de nouveaux comportements.

La nouvelle constitution

Le projet de loi qui devait être publié le 22 janvier est toujours dans sa phase de consultation. Aux lecteurs intéressés par ce sujet, qui décidément passionne plus en France qu’en Islande je suggère la consultation du site de l’Association pour une Constitution où ils pourront trouver en ligne la vidéo d’une intervention de S.E. Berglind Ásgeirsdóttir, Ambassadeure d’Islande à Paris, et moi-même, sur ce sujet. Début janvier, pour la première fois, le Président Ólafur Ragnar Grímsson s’est exprimé à propos du projet, évidemment « contre », craignant que faute d’écouter les spécialistes « on passe de la cendre au feu ».

Ralentissement des négociations pur l’adhésion à l’UE…

… citée ici car il s’agit clairement d’une décision de politique intérieure : les discussions à venir, sur les sujets les plus critiques, auraient selon le gouvernement fait de l’adhésion à l’UE le principal enjeu des élections. Où chacun a compris qu’il s’agit d’une « bonne manière » faite » à la Gauche Verte, et à son président, en charge de la pêche et de l’agriculture au gouvernement.

L’actualité économique

On me pardonnera de ne pas passer en revue ce mois-ci les indicateurs traditionnels. Aucun n’a d’ailleurs donné de signal alarmant. Au contraire l’annonce du renversement du flux migratoire au cours du dernier trimestre 2012, s’il est confirmé, est un bon indicateur de renouveau de confiance. Seuls les médecins seraient rebelles à ce mouvement !

Pourtant la monnaie inquiète de plus en plus : en six mois la couronne a perdu 12% par rapport au panier de devises, et 16% par rapport à l’euro. Excellent pour l’exportation et les touristes, mais très mauvais pour la stabilité des prix, l’importation des biens d’équipement si nécessaires à la relance de l’activité économique, et surtout le démantèlement du contrôle des changes. La Banque Centrale a été claire : la seule alternative sérieuse est l’euro. Mais on sait qu’il n’y aura pas d’euro sans Europe…

Société

Au moment où sous des cieux qui nous sont familiers, population et parlement se divisent violemment sur le mariage homosexuel, je voudrais citer ici ma chronique de juin 2010 : « Le 11 juin tous les media saluent le vote d’une loi légalisant le mariage homosexuel. Cette loi a été votée à l'unanimité, malgré certaines réticences de l’Église Nationale (luthérienne), en charge de l’état civil. » Bien évidemment la société islandaise n’est pas parvenue à ce consensus, dont les media sont si fiers, sans un long mûrissement. Celui-ci est décrit dans un excellent texte (2) de Marie Digoix, chercheur à l’Institut national d’études démographiques, intitulé « Mariage pour tous, expériences scandinaves » mais qui insiste sur l’expérience islandaise.

Mariage homosexuel Scandinavie

A suivre…

Nous avons perdu Icesave, mais il nous reste la Guerre du Maquereau. Steingrímur Sigfússon, Ministre de la Pêche a annoncé le 3 février que le quota islandais serait réduit de 15% à 123182 tonnes par an, au même rythme que le TAC international. Pour Richard Lochhhead, Ministre écossais de la pêche, en maintenant son quota à 16% au dessus de ce qui lui est autorisé l’Islande détruit une richesse essentielle à la vie des Écossais.

En guise de conclusion : prix annoncé de la construction de Harpa : 17.5 milliards d’Ikr soit 100 millions d’euros, mais quelle beauté !!!

(1) Par exemple dans cet entretien du 15 avril 2012, cité par Attac avec le journaliste A. Tayler : Mais il y avait d’autres enjeux aussi. Ce que les Britanniques et les Hollandais argumentaient c’était qu’en quelque sorte, le système bancaire européen était tel, qu’une banque privée pouvait opérer n’importe où en Europe, et que, si elle réussissait, les banquiers recevaient des profits extraordinaires et les actionnaires de gros bénéfices. Mais si elle échouait, la note était tout simplement envoyée chez eux à des gens ordinaires : des agriculteurs et des pêcheurs, des infirmières et des enseignants, des jeunes et des vieux. Et cela, je le maintiens, est une formule très malsaine pour l’avenir du système bancaire européen. C’est envoyer aux banquiers le signal qu’ils peuvent être aussi irresponsables et audacieux qu’ils veulent, et que s’ils sont chanceux, ils deviendront très riches, mais que s’ils si échouent, d’autres personnes payeront.
(2) Marie Digoix, « Mariage pour tous. Expériences scandinaves », P@ges Europe, 28 janvier 2013 – La Documentation française © DILA

À propos de Michel

Ces lignes sont le résultat de lectures, de suggestions et d’informations que je peux obtenir autour de moi, mais elles n’engagent que ma seule responsabilité.

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