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Skálmöld… quand la musique métal fait voyager

J’ai grandi en écoutant la musique classique, le jazz classique, Tri Yann, Simon and Garfunkel, Michel Fugain et les comédies musicales. Que du doux et pas trop agressif à l’oreille. Après on aime ou pas, il s’agit là d’une question de goût et comme vous le savez, les goûts et les couleurs…

Plus tard, vers vingt ans, j’ai découvert Led Zeppelin et d’autres groupes aussi sombres. En grandissant, mes sources d’intérêt phonique se sont multipliées et j’ai fini par collectionner les sons comme d’autres les dés à coudre. J’aime presque tout, surtout s’il ne s’agit pas de foutage de gueule, de masturbation intellectuelle ou de musique dont je ne comprends pas le sens (free jazz, John Cage, Rihanna, Mariah Carey  et certains raps pour ne citer que quelques exemples).

Ce n’est qu’arrivée en Islande et installée depuis 15 ans que mon oreille, un peu fatiguée se met, à ma grande surprise, à apprécier la musique de Skálmöld. Il s’agit là d’un groupe de métal qui n’en est qu’à son deuxième album mais qui a un succès presque démesuré. Les musiciens du groupe sont des gars d’une grande culture, très intelligents et qui ont commencé en 2009 à se rencontrer tous les mardi soirs pour boire un café ensemble et faire du métal, histoire de  se sortir du quotidien. Chacun ayant un métier en dehors de Skálmöld.

Ce qui les distingue des autres groupes de hurleurs c’est qu’ils se sont attachés à écrire des textes en rythme avec  la poésie scaldique et que leurs mélodies sont inspirées par le patrimoine ancestral islandais.

Chaque chanson est un chapitre de l’histoire qu’ils ont créée. Chaque histoire est un album. Tout comme dans  les récits mythologiques, les héros (personnages inventés par les membres de Skalmold) sont de valeureux guerriers qui, à travers une quête de vengeance, recherchent  l’apaisement de leur âme . Dieux et monstres de la mythologie scandinave se mêlent aux destins de ces hommes pacifiques et courageux. Les textes sont en islandais recherché, le vocabulaire est fourni et les phrases comme tout droit sorties des sagas.

skalmoldskalmold

Ce soir, j’ai assisté à un concert d’exception : Skalmold, l’orchestre symphonique d’Islande et plus d’une centaine de choristes. Les musiques arrangées ou plutôt enrichies voire même abouties par Haraldur Vignir Sveinbjörnsson afin qu’elles soient plus adaptées à un orchestre symphonique, les chants des choeurs évoquant des litanies de shaman nous envoutant nous, les spectateurs debouts scandant à l’unisson avec les rockeurs. Les musiciens de l’orchestre symphonique, menés par le très kynétique Bernharður Wilkinson, sont omniprésents tout en déployant une force très terrienne. Les choeurs Hymnodia, Karlakór Reykjavíkur et Skólakór Kárnesskóla apportent une dimension liturgique et antique. Le chanteur du groupe Sólstafir et la chanteuse de Angist se sont joints á Skálmöld chacun pour interpréter des personnages clés.

Deux heures pendant lesquelles j’ai découvert l’Islande d’en haut, stimulée par les rythmes des percussions et les incantations des musiciens, j’ai volé avec les corbeaux d’Odin, j’ai survolé la mer sombre et tumultueuse qui se fracasse contre les falaises noires, j’ai plané au dessus d’un glacier et plongé le long d’une chute d’eau, j’ai vu Almannagjá d’en haut et les nuages se former au-dessus des plaines encore vertes des régions alentours.

Ramenée à terre par les cris de l’auditoire en transe, je me suis rendue compte que nous invoquions, tous debouts, les bras levés vers le ciel, des dieux depuis longtemps disparus et les ramenions à la vie. Les énergies rassemblées nous chargeaient non pas au niveau du coeur mais bien au ventre, en ce lieu sacré où l’on préserve ses origines. Nous prenions part à une messe païenne, les six membres du groupe Skalmold nous guidant vers des terres oubliées. C’était enivrant et pourtant, malgré ce pouvoir qu’ils exerçaient sur leur auditoire, ils oeuvraient dans la joie du travail bien fait et l’humilité propre aux initiés. Ce moment fait désormais partie intégrante de ce que je suis, même dans les moments les plus sombres de l’oeuvre j’ai ressenti une joie qui m’empêchait presque de respirer. Ils ne sont pas si nombreux, ces musiciens qui transmettent autant à leur audience. Skálmöld a déchiré le voile qui sépare les islandais d’aujourd’hui de ceux qui ont construit ce pays et a réintroduit le respect de ses origines à un peuple qui n’en concevait plus l’existence si ce n’est que pour la vendre aux touristes.

Skálmöld: Baldur Ragnarsson, Björgvin Sigurðsson, Gunnar Ben, Jón Geir Jóhansson, Snæbjörn Ragnarsson, Þráinn Árni Baldursson

À propos de Estelle

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