Halloween en Islande ?

Nous leur avions promis une fête.
Il y a quelques mois, nous nous étions engagés à leur permettre d’inviter copains et copines à la maison. Soyons d’ailleurs honnête, l’idée venait de leur maman. J’ai un peu inconsciemment accepté le challenge. Le 11 novembre et la Toussaint n’offrant qu’assez vaguement les références d’innocente gaieté que nous souhaitions pour cette bringue, Halloween fut retenue par défaut, en dépit de ses connotations un peu morbides.
Autoriser nos charmants bambins à convier des copains requiert un préalable mathématicien. Il faut parfaitement connaître ses tables de multiplication. En particulier celle de 4 puisque nous avons 4 enfants. Si bien que lorsque nous avons cédé à leurs envies de rigolades, nous avons d’abord tenté de limiter le nombre de participants. Félicie, l’aînée, ayant décliné la proposition – « inviter mes copains pour fêter Halloween ? En présence de ceux de mes frère et sœurs ? Tu plaisantes je suppose ! »– la table de 3 s’est en définitive avérée suffisante. 6 ou 7 maximum, de 17 à 19h ! Ce fut le deal.Ce qui représentait tout de même entre 18 et 21 citrouilles courant dans la maison en hurlant pendant 2 heures.
grötta
grötta

 Les parents le savent bien : l’organisation d’une fête pour son enfant exige une préparation digne d’un sportif de haut niveau. Il convenait donc de prévoir un entrainement adéquat compte tenu du coefficient multiplicateur imposé pour les nôtres. J’ai donc profité des quelques heures qui me séparaient du record à battre pour me préparer. A l’instar du marathonien qui s’échauffe en courant, je me suis isolé une bonne heure pour savourer le silence d’une plage déserte à quelques minutes seulement du centre de Reykjavik. Cet entraînement inhabituel visait d’une part à renforcer mes capacités d’absorption d’un niveau sonore très au-dessus de la moyenne couramment admise et d’autre part à supporter cet excès décibel avec la sérénité requise.

J’ai savouré ces moments de calme avec un bonheur hésitant. Partagé entre l’ivresse procurée par cette solitude tonique et l’inquiétante perspective d’être non moins saoulé par l’épreuve qui m’attendait.
J’absorbais malgré tout ma dose de zénitude dans une proportion qui me permettrait de vivre ce 5 à 7 avec la manifestation attendrie d’amour et l’ostensible émotion qui siéent à ce type de cérémonie. Il fallut me rendre à l’évidence : une bonne heure de plus eut été nécessaire pour parfaire ma condition physique. Je manquais manifestement d’entraînement au regard de ce qui m’attendait.
Les filles les plus âgées furent les plus « sweet ». Louise, 14 ans, eut la bonne idée de les emmener dans sa chambre dès leur arrivée. Elles y regardèrent Scream dans le noir le plus complet et sur l’écran d’un ordinateur portable, en grignotant nonchalamment des pizzas et en s’amusant à traduire « je t’aime » dans toutes les langues qu’elles connaissaient entre deux tentatives de meurtre du psychopathe masqué. Ne me demandez pas : je n’ai jamais compris cette capacité qu’ont les ados de pouvoir avaler de la sauce tomate tout en regardant leurs semblables se faire occire. A les voir ainsi, taquines et souriantes, pourrait-on imaginer aussi sordide indifférence ?
halloween islandais
Halloween islandais

En deuxième position, les filles invitées par Garance, 11 ans.

Subodorant la capacité d’occupation de l’espace de son frère Pablo, cette maline avait tout prévue pour occuper ses amies, barricadées elles aussi dans une petite chambre.
Moyennant un simple crayon aux pouvoirs rotatifs avérés et quelques gages hilarants inscrits sur des petits bouts de papier, Garance put occuper l’indienne, la fée et les autres une bonne heure durant.

Bon dernier pour la modération mais indiscutablement premier pour l’animation, mon fils Pablo et ses copains firent preuve de l’énergie coutumière que vous non, mais moi je lui connais.

Louise et l’une de ses amies profitèrent de la table momentanément délaissée par les jeunes gars en chaussettes, pour se délecter de quelques menues sucreries. Cette audacieuse et éphémère tentative d’intrusion mise à part, Pablo et ses acolytes s’arrangèrent pour s’approprier le salon, la salle à manger, la cuisine et le jardin pendant près de deux heures.

Je dis près de deux heures parce que le seul moyen susceptible de calmer un peu leurs ardeurs belliqueuses fut :
  1. d’atténuer leurs cris en les bourrant de bonbons et de boissons gazeuses sucrées ; cela dit même la bouche pleine, ils trouvaient encore le moyen d’onomatoper en islandais, les joues comme des baudruches croassantes ;
  2. de les installer devant un film ; en l’occurrence : Pirates des Caraïbes 3.
  3. les deux !
Halloween islandais
Je sais : tristes stratagèmes. Quelle honte. Père indigne. D’accord. Mais allez vanter, en islandais, les joyeuses vertus du dessin à une dizaine de gamins de 10 ans affamés et déchaînés. Ha ! On rigole moins là, hein ? Remarquez, je n’ai même pas essayé. Je n’avais pas vu le 3…
Le plus stupéfiant, c’est que les 10 monstres se réanimaient progressivement dès que j’appuyais sur la touche « pause » de la télécommande. Il m’arrivait par exemple de cliquer afin d’attirer l’attention d’un mouflet cagoulé dont les jambes reposaient tranquillement sur une lampe en verre super méga fragile, tout en pointant vers lesdites jambes un index calme et néanmoins explicite (genre bouge de là p’tit con !). Cette interruption de l’image et du son contraignait par la même occasion Jack Sparrow à se figer dans la position inconfortable de la poule qu’il était en train d’imiter, et encourageait les autres morpions à s’agiter sur le canapé, l’air de dire tu-nous-les-casses-avec-ta-lampe-Ikéa-à2balles-tu-nous-le-remets-quand-le-film-bordel-de-merde. D’abord une remarque, puis une seconde et enfin un flot de commentaires gutturaux qui montait comme un rouleau salé sur le sable. A tel point que j’ai fini par supposer que ma boîte magique me permettait non pas d’empêcher Will Turner de jeter des cadavres attachés à des tonneaux, mais de réactiver les jeunes troufions.

Comment ça des cadavres attachés à des tonneaux ?

Ben oui, des cadavres attachés à des tonneaux ! Il faut vraiment tout vous expliquer. Alors, pourquoi Will balance-t-il des tonneaux cadavériques ? Avant de mourir empalé par un morceau de bois (à cause d’un tir du Hollandais volant), le capitaine Sao Feng tente en vain d’embrasser Elizabeth Swann, qui vient d’apprendre qu’elle est peut être Calypso, vous me suivez ? Et bien pendant ce temps-là, Will, qui est parvenu à s’échapper de la cage sordide dans laquelle il était enfermé, lance des tonneaux pour permettre à Beckett de suivre le Black Pearl. Est-ce plus clair ? Je ne suis pas à l’origine du scénario.
Mais je suis d’accord avec vous : ils auraient pu éviter les cadavres ; les jets de Will n’en eurent été que plus efficaces. Bon, je ne pouvais pas non plus sauter toutes les scènes avec des macchabées, au risque de réduire très sensiblement la durée du film et d’augmenter proportionnellement les réactions de désapprobation des jeunes citrouilles avachies. Je reconnais toutefois que tant qu’à choisir un film tiré d’une attraction de Walt Disney, j’aurais pu faire une tentative avec la Belle au bois dormant ; mais là, à mon avis, télécommande ou pas, je ne maitrisais plus grand chose.
Je passe les explosions de confettis dans le salon, les batailles de pop-corn et même le match de foot dans la jardin, ce sont des classiques, tout le monde connaît. Quoique. Les parties de foot en t-shirts dans la neige par 2 degrés, c’est peut être moins courant. Le tableau me semble globalement assez fidèle à la réalité.
La fête s’est achevée plus tard que prévue, parce que vous avez toujours des parents qui profitent de votre abnégation pour venir chercher leurs mouflets bien après la fermeture officielle, histoire de s’assurer que ceux-ci seront totalement épuisés en rentrant chez eux. Ce qui ne fut même pas certain.
D’après nos enfants, ce fut une super fête, dont ils reparlèrent en rigolant le lendemain.
J’en ai conclu que les mêmes événements pouvaient être différemment interprétés selon le rôle qu’on y jouait. Chacun de nous gardera un souvenir assez différent de la fête en question. À la réflexion le contraire eut été étonnant. Et puis c’était l’objectif que de leur laisser ces souvenirs-là. Nous étudions maintenant les modalités quantitatives des fêtes à venir. Cette première expérience nous a en effet convaincu de scinder les festivités : dorénavant, à chacun sa fête.
grötta

À propos de eric

Chroniqueur taquin en phase d'apprentissage.

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11 comments

  1. Sympa de prévenir après coup ! J’espère qu’on sera invités à la prochaine…

  2. Vraiment fameux! Ca contraste en effet avec les articles sur le calme et le silence. Comme diraient certains: il faut de tout pour faire un monde. Et bravo pour avoir survécu à la tornade.

  3. bonjour…j’ai bien ri et je vous ai plaint aussi. Avec un sourire sardonique. Eh oui, cela fait parfois un peu de bien de lire les aventures des parents débordés. Un collègue est arrivé hier au bureau en disant ceci: « mes deux enfants sont malades, je vais avoir la paix… » J’ai pensé à cette réflexion en lisant votre texte. Sardonique.
    🙂

  4. hummm Vive les enfants Islandais !!!

    virgile (reykjavík)

  5. Tres drole! Votre blog me permet tres agreablement d’entretenir mon francais, qui commence a se rouiller un peu. Je reconnais l’histoire de fete/chaos, mais je vous rassure que les annees ‘teen’ ont d’autres ‘joies’.

  6. Il s’agit du professeur Victor Bergmann de la série Cosmos 1999 et non d’un personnage de la série Star Trek 😉

  7. mdrrrr, un régal à lire et quelque part chaque parent un tant soit peu honnête t’accordera la grâce sans pénitence!
    Bonne journée

  8. Sympa ce blog, vous habitez dans un bien beau pays

    Amitiés

    françoise

  9. Bonsoir ami Islandais,

    mes filles sortent de la petite enfance (ouf il s’agit de filles et non de garçons!), j’appréhende ces petites sauteries… Pour l’histoire (et je ne rigole pas) la premiere de mon ainée est programmée le 26 nov prochain…

    Bon pour ce qui est de le smettre en short sur la pelouse par 2°c c’est pas possible. 🙂

    Et une fois de plus je me suis bien marré en lisant cet article si bien écrit. Merci.

    Il contraste avec le précédent abordant le thème du silence et des projections mentales si évoquées en cours de préparation à l’accouchement (sofrologie) et en gestion du stress.

    Après cette fiesta d’Halloween tu a sdu y avoir recours non?

  10. bonjour

    super chouette votre blog

    vous m’avez ecrit par izimundi je n’arrive pas à vous joindre

    merci de me transmettre une adresse mail à docarmo.virginie@neuf.fr

    cdt

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