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Flatey : l’île buissonnière.

Avez-vous une idée du rapport qui existe entre le cinéaste Baltasar Kormákur, l’écrivain Anton Tchekhov et l’île islandaise de Flatey Islande ? Le premier s’est inspiré d’une pièce du deuxième pour réaliser, sur la troisième, le film White Night Wedding. C’est l’histoire d’un ancien professeur de littérature qui tente avec difficulté d’aménager un terrain de golf sur l’île qui a vu naître la femme dont il s’est séparé pour épouser l’une de ses anciennes élèves. Les scénarios islandais font rarement dans la simplicité. Cette « dramédie », comme la qualifie le réalisateur de Jar City, mêle hésitations existentielles et succession ininterrompue d’événements impromptus et d’hostilités affichées qui s’abattent sur le personnage principal, telles des tartes à la crème sur la bouille déconcertée d’un Charlot aux allures de héros bergmanien. Elle constitue aussi une introduction idéale pour évoquer Flatey.

L’anti-« branchitude »

Aficionados des soirées endiablées d’Ibiza, adorateurs des ruelles achalandées de Saint-Tropez, amateurs des foules denses et chamarrées de Times Square en été, abstenez-vous. Flatey ne saurait satisfaire les fervents adeptes de séjours convenus. Si la contemplation béate du sterna paradisaea (sterne arctique) peut en revanche vous motiver, si vous aimez les lieux dont la sobriété et la pureté brute confinent à une austérité janséniste, si, en un mot, vous faites partie de ceux qui conçoivent la notion de dépaysement autrement que comme l’argument commercial galvaudé d’un tour opérateur, alors vous serez enchanté. L’île est située au nord de Reykjavík, dans la baie de Breidafjördur. C’est l’une des plus grandes d’Islande. Elle ne fait pourtant que 2,8 km2, bien moins que l’île de Bréhat, dans les Côtes-d’Armor. Et, à l’inverse de la commune bretonne qui a souhaité développer une infrastructure touristique en rapport avec la fréquentation dont elle bénéficie, ne subsistent sur Flatey que quelques maisons colorées, une petite église quasi centenaire et une vieille bâtisse en bois qui trône face à l’ancienne place du marché et cumule les fonctions d’hôtel, de restaurant, de café et de salle de spectacles.

Flatey islande

Sur les pas de Jules Verne.

Certains vous diront que c’est l’histoire féconde de l’île qui confère au lieu cette ambiance si particulière – combinaison anachronique de fin du monde, d’ancrage dans la modernité et de réminiscences du passé. Riches marchands de la Ligue hanséatique, pêcheurs de morues et de harengs, moines du monastère augustinien construit sur l’île au XIe siècle… C’est comme si les vents d’ouest charriaient parfois les éclats de voix rauque des habitants du lieu, il y a mille ans, avant que ces clameurs fantomatiques ne cèdent à nouveau la place aux piaillements des eiders, des puffins et des guillemots. Promenez-vous d’abord sur l’île, histoire de faire le tour de ce monde révolu qui fut jadis au centre de la vie économique et culturelle de l’Islande. À défaut d’êtres humains, vous croiserez sans doute les vestiges de navires échoués sur le sable noir. Installé sur l’un des bancs qui jouxtent l’hôtel rénové, face au glacier Snæfell, d’où commence le célèbre Voyage au centre de la Terre, admirez ensuite le spectacle du temps qui passe, lorsque l’astre insomniaque réapparaît pour une nouvelle et longue journée estivale, après avoir fait mine de s’éclipser de la voûte céleste à peine assombrie. Enfin, bien que la quinzaine de chambres à disposition, malgré leur confort, n’offrent pas le raffinement ostentatoire d’un établissement de luxe, le restaurant de l’hôtel, en revanche, mériterait amplement son étoile. Les recettes originales et savoureuses que vous proposera le jeune chef islandais, à base de poisson frais du jour ou d’agneau, ne manqueront pas de ravir vos papilles.
En définitive, compte tenu des caractéristiques variées et si plaisantes de l’île, on ne s’étonnera que d’une chose : que Flatey signifie « île plate ».

 

© Photos non libres de droits empruntées à moi-même.
Article publié pour le compte du magazine Money Week
flatey islande

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4 comments

  1. J’aime bien votre plume, savez-vous. Vivante, enjouée, piquante et parfois cinglante, on ne s’ennuie pas avec vous 🙂

    (pour Ibiza, je me suis laissé dire qu’il y a là une superbe plage pour relaxer toute la journée avant d’aller se coucher tôt, épuisé ;o)

  2. Cryingbear – Merci pour votre passage.

    Delphinium – Le pâté de marcassin et le filet de sanglier… Il m’arrive d’en rêver. Pas de ça ici ! Quant à la « zique de débile », je partage le point de vue. Entre sauvages on se comprend !

  3. merci pour cet article, je ne connaissais pas cette ile!
    Hmmm l’agneau Islandais, mes papilles s’en souviennent!

  4. L’autre soir je suis allée manger dans un bon restaurant qui ne paie pas de mine. Je me suis envoyée derrière la cravate un pâté de marcassin, des coquilles saint jacques, un filet de sanglier et une crème brûlée aux fruits avec un moelleux au chocolat. Avec cela une bonne bouteille de rouge de mon coin de pays. Service discret mais efficace. Pas d’étoiles au compteur et pourtant je vais y retourner.
    Moi j’aime les trucs simples mais qui sont biens. Par contre j’aime pas les trucs simples qui ne sont pas biens. Alors je vais venir visiter, un jour, l’île plate, même que j’aime les montagnes. C’est pas grave. Si je peux m’envoyer derrière la cravate un agneau accompagné d’une bonne sauce, je viens.
    :-))
    Ibiza? je boycotte, je n’irai jamais. Parce que j’ai pas envie de finir complètement sourde dans une discothèque à écouter de la zique de débiles. :-))
    Il paraît que je suis un peu sauvage mais la bonne nouvelle du jour, c’est que je m’en tape complètement.

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