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Esja (Islande)

Islande : berceau du tourisme alternatif ?

Cet article est publié dans le cadre de l’opération “Unis pour un tourisme alternatif”. Orchestrée par Voyageurs du Net et parrainée par Voyageons-Autrement, ABM, Babel Voyages, EchoWay et Viatao, cette opération vise à promouvoir dans la blogosphère le tourisme alternatif et responsable.

Il y a maintenant un peu plus de 40 ans, je mettais le pied pour la première fois sur cette île de l‘Atlantique Nord, qui nous avait attirés, nous géographes, par ses 3 points rouges qui représentaient des volcans. Des guides ? Il y en avait à peu près autant que des canicules en décembre. Ou presque. Quelques documents dans les archives universitaires, des cartes anciennes dans une seule boutique parisienne (je me souviens du nom, l’Astrolabe !). Nous nous apprêtions donc à découvrir l’île, à notre vitesse, en comptant sur les rares brochures de l’office de tourisme local. Il n’était pas question d’aller vérifier les informations d’un guide qui décrirait dans ses pages le paysage, jusqu’à la serveuse de la station service.

Esja (Islande)
Esja (Islande)

L’aventure nous attendait à chaque tournant de route. Un petit livre comportant quelques phrases en anglais et en islandais nous avait sauvé quand nous avions eu un problème mécanique avec le véhicule de location. Le Maire du village où nous avions atterrit ne connaissait que 2 mots en français qui aidaient peu : « Moulin Rouge ». Nous nous étions rendus dans une ferme éloignée de toute autre habitation pour acheter du lait; le fermier nous attendait avec des crêpes et du café bouillant, préparés en un rien de temps entre le moment où nous nous étions arrêtés sur la route et celui où nous avions frappé à la porte. Les sourires valaient tous les mots que nous n’avions pas en commun. Dans une autre ferme, tout au bout de la piste qui se terminait sur les eaux de fonte du grand glacier, nous avions rencontré 3 frères célibataires, dont l’un avait appris l’esperanto et l’espagnol dans les livres, tandis qu’un autre connaissait tous les noms latins des plantes et des oiseaux.

Il y avait alors peut être 10 ou 20 000 visiteurs annuels en Islande,

la plupart en transit « forcé » sur la route des Etats-Unis et qui ne dépassaient pas l’aéroport de Keflavík, installé sur la base américaine du Plan Marshall. Les autres étaient des étudiants anglais venus faire comme nous des études interdisciplinaires, ou encore des aventuriers venus camper ou chercher du travail sur des bateaux de pêche. Les seuls cars de touristes allaient à Þingvellir, là où sont les plaines du Parlement, ou bien à Gullfoss et aux geysers, qui fonctionnaient encore avec du savon (mais quand la cheminée s’est remplie de savon, ils ont cessé !). Le tourisme alternatif ? Pourquoi faire ? Dans les années 70, le tourisme était par définition alternatif comparé à celui qui se développait ailleurs en Europe.

2012. 600 000 touristes plus tard. Chaque touriste a son guide parfaitement à jour. L’un décrit la ferme où s’est produit un fait historique qui n’a laissé aucune trace dans le paysage. Un autre évoque l’endroit où telle catégorie de canards nichent à Mývatn; des canards qu’il faut absolument avoir vu pour prétendre avoir fait l’Islande. Ailleurs le guide en chair et en os se démène pour expliquer à sa façon la complexité de l’élevage en Islande, évoquer les moutons si mignons qui courent partout (surtout devant les voitures qui freinent brutalement pour soit les éviter soit les prendre en photos). De site en site, on rencontre un peu les mêmes touristes, légèrement frustrés d‘être venus jusqu’en Islande, dernier bastion de la nature sauvage en Europe, pour entendre sa langue maternelle à tous les arrêts. Il y a bien le hors saison mais la nature ne se plie guère aux besoins des touristes sur les sites « à voir »; les routes peuvent être impraticables. Il y a bien le plateau désert de l’intérieur, mais les associations de sauvetage imposent des mesures de sécurité contraignantes, tout comme les sociétés de location de voitures. Bon – tous les ans il y a quand même des touristes à récupérer dans les rivières, sur les glaciers, les pieds brûlés par les solfatares, ou bien presque emportés par les vagues. Voire tués dans des accidents de la route parce que la route en définitive elle n’est pas si stabilisée que ça.

Thingvellir (Islande)
Thingvellir (Islande)

Alors ? Alors mêmes si avec ou sans touristes certains sites tels que Gullfoss, Thingvellir ou encore les collines de soufre et solfatares du lac Mývatn restent superbes, il existe des alternatives. Elles sont apparues avec l’augmentation des bus de touristes, dont la masse profite à l’économie nationale et représente le premier poste de rentrées de devises (on entend régulièrement des voix clamer qu’il ne faut accepter que les touristes à devises, les « backpackers » sont regardés presque de travers par les institutions – pas par les islandais).

Suivez Ósk Vilhjálmsdóttir qui organise des voyages à pieds dans des régions vastes et peu courues, pour familles avec enfants et coupés de pauses yoga. Slow Travel. Suivez Landvernd, l’Association de Protection de la Nature avec le Ferðafélag Íslands, institution presque centenaire, qui vous permettra d’explorer les parcs naturels et les zones protégées en danger du fait des accros du barrage hydroélectrique et de l’usine d‘aluminium. Jean Pierre, tombé amoureux de l’Islande (et d’une islandaise !), a aussi ses coins personnels à explorer à pied et lentement, Slow Travel. Suivez le guide Slow Food de l’Islande, vous y trouverez des gens passionnés qui ont conservé les anciennes recettes, les ont mises quelques fois au goût du jour, et vous feront goûter à toutes les saveurs de l’Islande. Devenez « woofer », c’est à dire volontaire dans les fermes bios qui vous paieront avec le gîte et le couvert. Devenez « Seeds » : même principe, mais vous vous occuperez d‘entretenir l‘environnement justement dans les lieux touristiques, ou bien dans les endroits où on a besoin de volontaires. Gîte et couvert également garantis, tuyaux sur les environs et les choses à faire compris.

Finalement- et bien que les guides français se soient mis à un tourisme responsable pour les plus courants, la vraie alternative au tourisme tel qu’il est devenu est le « voyage lent ». Le touriste qui vérifie que la réalité correspond bien à son guide dernier cri peut se transformer en le refermant en voyageur qui se laissera surprendre par l’imprévu, par l’humanité qu’il cotoie (et non plus l’indigène qu’il dévore des yeux), par la forme d’une colline ou l’évocation métaphorique d’un rocher de granit.

Bonjour, dit le petit prince.
Bonjour, dit le marchand.
C’était un marchand de pilules perfectionnées qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l’on n’éprouve plus le besoin de boire.
Pourquoi vends-tu ça ? dit le petit prince.
C’est une grosse économie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On épargne cinquante-trois minutes par semaine.
Et que fait-on des cinquante-trois minutes ?
On en fait ce que l’on veut…
Moi, se dit le petit prince, si j’avais cinquante-trois minutes à dépenser, je marcherais tout doucement vers une fontaine…

Esja (Islande)
Esja (Islande)

À propos de Dominique

Slow foodienne à 100%.

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5 comments

  1. Bonsoir,

    Un bel hommage au tourisme alternatif et au slow tourisme. Et même quand on a peu de temps pour visiter une contrée, mieux vaut aller lentement pour pouvoir s’imprégner de la magie d’un lieu quitte à ne voir qu’un dixième du pays plutôt que de survoler chaque endroit à vitesse grand V, juste pour dire j’ai fait tel pays…

  2. Merci Dominique pour toutes ces propositions alternatives. En ce qui concerne le « voyage lent », je suis à 100 % pour, mais il faut bien reconnaître que ce tourisme là n’est réellement accessible qu’à ceux d’entre nous qui auront cotisés leurs 170 trimestres… Je vais commencer à vérifier les miens.
    P.S. pour Eric : Je connais des Trolls qui savent très bien compter !

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