Dorrit Moussaïev
Olafur Ragnar Grimson & Dorrit Moussaïev - Source : newsoficeland.com

ça s’est passé en juillet

Les premiers pas du gouvernement « Skuldaniðurfelling heimilanna »… l’expression est sur toutes les lèvres, et le suspense insupportable : Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, nouveau Premier Ministre, pourra-t-il tenir sa promesse de réduire de 20% la dette des ménages ? Tous l’espèrent, de moins en moins le croient. D’où ce résultat paradoxal : bien qu’une majorité d’électeurs semble satisfaite des débuts de Sigmundur Davíð, le Parti du Progrès aurait cinq députés de moins si les élections avaient lieu en juillet ! Car Sigmundur Davíð ne ménage pas sa peine ; il consulte, créée des groupes de travail, fait voter une loi précisant sa démarche, et ainsi confirme ce que l‘on pouvait pressentir : ce ne sera pas aussi facile qu’il l’avait laissé croire pendant la campagne électorale. L’idée était, on s’en souvient, de faire financer cette réduction de l’endettement par les trois banques mises en faillite fin 2008, et dont la liquidation s’avère bien plus lucrative que prévu. Est-ce possible ? Les intéressées s’y refusent et fourbissent déjà leurs armes. Le FMI comme la Banque Centrale d’Islande ne cachent pas leur hostilité à une telle mesure qui aurait surtout pour effet, selon cette dernière, de relancer l’inflation. Et beaucoup font remarquer que si des sommes peuvent être dégagées il serait plus judicieux de les utiliser pour réduire la dette publique dont le montant dépasse encore le PNB du pays. L’agence de notation Standards and Poor en tire les conséquences en dégradant le 26 juillet la note de l’Etat islandais de stable à négatif. Ce gouvernement souvent qualifié de « droite libérale » décidément déplaît.

Sigmundur Davíð Gunnlaugsson

Et ce n’est pas le seul embarras : le 3 juillet la commission d’enquête créée par l’ancienne majorité pour examiner le fonctionnement du Fond public de crédit immobilier a rendu son rapport. Il fait l’effet d’une bombe : la perte cumulée du fonds serait de 270 milliards d’Ikr (1.6 milliard d’euros). Principales causes : des investissements hasardeux et des modifications dans les règles de gestion du fonds imposées en 2004-2005 par le gouvernement à la suite de promesses de campagne électorale, et ce en dépit d’avertissements venus du FMI et de l’OCDE. De qui les promesses ? Du Parti du Progrès ! Les opposants d’aujourd’hui ont beau jeu d’affirmer que Sigmundur Davíð et le Parti du Progrès ont gagné les élections de 2013 en promettant de réduire une dette générée par les promesses de ce même parti lors des élections de 2003 ! De fait, alors qu’il est associé au Parti de l’Indépendance dans un gouvernement que dirige Davíð Oddsson, le Parti du Progrès parvient à conserver ses 12 députés, quand le Parti de l’Indépendance en perd 4, de 26 à 22. Les deux partis aujourd’hui au pouvoir unissent leurs efforts pour détruire la crédibilité du rapport en mettant en évidence ses lacunes, notamment Davíð Oddsson dans le quotidien Morgunblaðið où il s’est replié en attendant des jours meilleurs.

La taxe sur la pêche

Autre promesse, venue celle-ci du Parti de l’Indépendance, très lié aux armateurs : réduire la taxe complémentaire sur la pêche que le précédent gouvernement a fait voter, mais qu’il n’a pu mettre en application. A peine Sigurður Ingi Jóhannsson, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche (Parti du Progrès) annonce-t-il son intention de déposer un projet de loi en ce sens, qu’une pétition est lancée, demandant au Président Ólafur Ragnar Grímsson de ne pas ratifier la loi si elle est votée, afin de provoquer un référendum. Les pétitionnaires s’opposent à un choix qu’ils jugent paradoxal quand le gouvernement se trouve confronté à un déficit budgétaire plus élevé que prévu. La loi est pourtant votée, et le président la ratifie en dépit des 35000 signatures qui lui sont portées. Il avance plusieurs arguments :

  • sa décision ne peut dépendre uniquement du nombre de signatures portées sur une pétition,
  • le texte a été très facilement voté par l’Alþingi,
  • il s’agit d’un texte concernant la fiscalité ; où il remarque que la proposition de la Commission Constitutionnelle excluait cette dernière du champ du référendum,

Dont acte. Et, comme le remarque Sigmundur Davíð, chantre en d’autres temps de la démocratie directe, comment gouverner si chaque loi doit être soumise à référendum !? Mais quand des professeurs de sciences politiques s’avisent de faire remarquer qu‘on ne peut s’en remettre à l’arbitraire d’un seul homme pour décider si une loi votée par l’Alþingi doit être ou non « soumise au peuple » ils sont priés par le Président de ne pas faire du journalisme de bas niveau.

La réforme constitutionnelle

En fait le Premier Ministre ouvre une possibilité de clarification en proposant la création d’une commission de 9 membres chargée de revoir la constitution sur la base des travaux antérieurs, notamment mais pas seulement ceux de la commission constitutionnelle. A ce jour on sait seulement que ces 9 membres seront choisis par les partis représentés à l’Alþingi.

La nomination des dirigeants de la Radio-Télévision d’Etat (RÚV)

RUV.isDans un pays où les parlementaires, quel que soit leur bord, sont peu estimés, le gouvernement semble décidément vouloir aller à contre sens. Le nouveau ministre de la Culture Illugi Gunnarsson (PI) veut en effet abroger la loi votée en 2012 à l’initiative de Katrín Jakobsdóttir (ancien ministre de la Culture et présidente de la Gauche Verte) pour la nomination des dirigeants de RÚV. A une commission de nomination associant parlementaires, universitaires et artistes, il substituerait une commission composée uniquement de parlementaires.

Réduction des dépenses publiques

C’est encore à des parlementaires que le gouvernement confie le soin de travailler à la réduction des dépenses publiques, notamment le nombre de fonctionnaires. Ce groupe est composé de deux députés membres de chacun des deux partis de la majorité, auxquels sont joints deux haut-fonctionnaires, l’un travaillant auprès du Premier Ministre, l’autre auprès du Ministre des Finances.

Relations extérieures

J’ai évoqué dans ma dernière chronique les projets du gouvernement : multi-latéralisme et rapprochement avec les Etats-Unis, participation active à la coopération arctique, suspension des négociations d’adhésion à l’Union Européenne ; toutes orientations volontiers évoquées par le Président Ólafur Ragnar dès que s’en offre une possibilité, et conformes aux engagements des deux partis lors de leur campagne électorale… Mais un sondage montre que le nombre d’Islandais souhaitant la poursuite jusqu’à leur terme des négociations avec l’UE saute de moins de 50 à 82% (dont 73% au Parti du Progrès), comme si la rupture définitive avec l’UE effrayait une majorité d’entre eux, comme si l’hostilité à l’adhésion, pourtant si claire selon les sondages des derniers mois, devait être nuancée dès lors que l’on est mis au pied du mur !

Parlement islandaisSigmundur Davíð promet pour la rentrée un débat à l’Alþingi et une décision – date et question – sur un référendum. De beaux échanges à venir ! Alors ? Sondés les 23 et 24 mai 44% des électeurs se sont dits satisfaits (dont 12.1% très satisfaits) du travail de leur nouveau Premier Ministre, alors que 22.5% le trouvent mauvais (très mauvais 8.8%). Un tiers n’est ni satisfait ni insatisfait. Toutefois, Sigmundur Davíð paie certains choix et propos : seules 40% des femmes se disent satisfaites… Mais un mois plus tard, il apprend que le parti du Progrès, qu’il préside, perdrait 5 de ses 19 députés si les élections avaient lieu maintenant, au profit du Parti de l’Indépendance (+2), de la Gauche Verte (+2), et de l’Alliance Social démocrate (+1) ; où la majorité reste majoritaire, et la Gauche Verte avec 10 députés et 15% des voix dépasse l’Alliance Social-démocrate (10 députés mais 14% des voix).

Actualité économique

Elle a fait l’objet d’une bonne partie de la chronique de mi-juin, dont on pouvait déduire que l’Islande n’est pas encore sortie de la crise : endettement élevé, en ligne il est vrai avec les prévisions, mais déficit budgétaire plus élevé que prévu, balance commerciale (produits) à nouveau déficitaire, difficultés pour réduire le contrôle des changes… Il n’est pas étonnant que la FMI et les agences de notation s’inquiètent. Sur place, la crainte d’un nouveau « krach » alimente les conversations. Il faudra y revenir fin septembre.

Relations internationales

L’inquiétude évoquée plus haut contribue certainement à expliquer le retournement de l’opinion sur l’intérêt d’achever les négociations d’adhésion à l’UE, comme y contribuent certaines rencontres officielles :

  • le 20 juin, Gunnar Bragi s’entretient à Londres avec David Lidington, ministre britannique pour l’Europe, où ce dernier précise la vision à long terme de son gouvernement sur la place de la Grande Bretagne dans l’UE,
  • le 24 juin, il participe à la réunion de l’AELE au cours de laquelle sont signés des accords avec le Costa-Rica, le Panama et la Bosnie,
  • du 25 au 28 juin, le Président Ólafur Ragnar Grímsson est en voyage officiel en Allemagne, où il encontre notamment son homologue allemand Joachim Gauck, et la Chancelière Angela Merkel. Les deux ne manquent pas de dire combien ils regrettent la décision islandaise,
  • le 26 juin, en marge de la visite du président, Gunnar Bragi a un entretien à Berlin avec Guido Westerwelle, son homologue allemand, et insiste sur son souhait d’approfondir la relation bilatérale avec l’UE,
  • le 15 juillet, à Bruxelles, Sigmundur Davíð rencontre successivement José Manuel Barroso et Herman van Rompuy. Dans les deux cas, le Premier Ministre insiste à son tour sur son souci de relations plus étroites avec l’UE. Il se dit très intéressé par l’exposé de JM Barroso sur l’avenir de l’UE.

Les 2 et 3 juillet, Ban Ki-moon, Secrétaire Général de l’ONU, est en visite officielle en Islande ; à cette occasion la diplomatie islandaise peut se féliciter que l’Islande soit le premier Etat à ratifier le 2 juillet l’accord international sur le commerce des armes négocié dans le cadre de l’ONU.

Dorrit Moussaïev

Pendant ce temps la vie continue…

  • 17.06 – Dorrit Moussaïev, épouse du président Ólafur Ragnar, est maintenant domiciliée à Londres ; exil fiscal ?
  • 20.06 – selon l’OCDE, 75% des seniors (50-64 ans) islandais sont actifs, 55% en France,
  • 20.07 – Aníta Hinriksdóttir devient championne du monde du 800 mètres junior à Rieti (Italie),
  • 21.07 – pour la première fois depuis deux ans, les habitants de Vestmanneyjar peuvent reprendre la chasse aux macareux – 5 jours…,
  • 21.07 – 130 tonnes de viande de rorqual sont de retour en Islande faute de bateau pour les transporter au Japon,
  • 22.07 – début du tournage de la saison 4 de « Games of Thrones » ; 300 personnes y travaillent,
  • 24.07 – soleil sur toute l’Islande pendant plusieurs jours,
  • 25.07 – avec 190 millions d’Ikr (1.2 millions d’euros) versés au fisc, Magnús Kristinsson, armateur, est le «skattakonungur » pour 2012,
  • 27.07 – en juin les touristes étrangers ont dépensé 9.7 milliards d’Ikr
  • 30.07 – il y a en Islande 644 voitures par 1000 habitants ; seuls font mieux le Lichtenstein, Monaco et le Luxembourg ! On aurait donc un plus grand besoin de voiture quand on habite un petit pays ?
  • 15 juin-15 août – commencer très tôt à travailler pour acheter une voiture ?

À propos de Michel

Ces lignes sont le résultat de lectures, de suggestions et d’informations que je peux obtenir autour de moi, mais elles n’engagent que ma seule responsabilité.

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