Footballeur amateur mais footballeur dans la neige

Il y a quelques mois, je me suis retrouvé sur un terrain de football. De football en salle. En réalité le jeu se pratique sur un terrain de handball. 4 joueurs par équipe, pas de gardien, pas de touches et interdiction de tirer au but avant d’avoir franchi la ligne médiane. Voilà en gros pour les règles.
Quand je jouais en France, nous formions des équipes de 7, voire 8 joueurs ; l’effort physique à fournir alors était donc à l’opposé de celui que j’exigeai de mon corps ce jour-là.
Pendant une heure, il fut brutalement réveillé de 3 années d’inertie.
Pendant le premier quart d’heure, aucun problème. Je retrouvai mes sensations de footballeur amateur : passes précises, efficacité de mes crochets courts et rapides dans la surface, capacité à marquer des buts…
Je me sentais comme un gamin de dix ans dans une cour d’école. Retrouvant le plaisir simple de jouer avec des copains du même âge, le bonheur pur, entier de courir après un ballon pour lui taper dessus, une forme de grâce intemporelle offerte tout entière à l’esprit du jeu, par un corps qui accepta de s’oublier quelques instants.
J’eus dix ans pendant vingt minutes. Pas une de plus. Mon organisme ne se laissa pas berner aussi longtemps que je le souhaitais.
Mon enthousiasme s’essouffla au rythme d’un coeur qui s’emballe. En moins d’une demi-heure, à mesure que le physique s’étiolait, je recouvrai mes 45 ans, contraint d’admettre que 3 ans d’inactivité auxquelles s’ajoutent près d’un paquet de cigarettes par jour ne favorisent pas les exploits sportifs et encore moins les remontées durables dans le temps.
Mes jeunes camarades de jeu redevinrent des géants islandais d’un demi-siècle, mes allers-retours d’un but à l’autre des allers simples, avec de plus en plus d’arrêts en chemin, et mes sourires béats d’enfant roi prirent la forme de rictus de souffrance et d’épuisement.
J’aurais pu, j’aurais dû m’arrêter. Mais sur un terrain, je suis une teigne. Je ne baisse jamais les bras. Alors j’ai continué à courir et à jouer. Et puis, seul français en terre d’Islande, unique représentant d’une équipe championne du monde en 98, finaliste en 2006, je me devais de montrer que les français sont un peuple de footballeurs.
C’est totalement con un mec parfois. J’étais conscient de pousser mes limites au-delà du raisonnable et néanmoins déterminé à faire bonne figure. Je fus sauvé par le gong. Fin du match.
Dans les vestiaires embués de vapeurs d’eau soufrée, j’ai retrouvé la joyeuse et virile ambiance du gymnase que nous occupions chaque mercredi soir près du Jardin des Plantes à Paris. Je m’assis sur un banc, encore tétanisé par mes récents efforts, le regard dans le vide, au milieu d’une dizaine de mastodontes islandais à poils, qui allaient et venaient, la quéquette pendouillante, de la douche au vestiaire. Trop épuisé pour me sentir incommoder par le parfum délicat des chaussettes humides et des maillots transpirants. Insensible aux rires sonores et graves qui ponctuaient de rares silences.
Je n’eus pas besoin de comprendre leur langue pour retrouver de plaisantes et familières similitudes avec nos latines galéjades d’alors. Je me rappelais nos commentaires d’après match, quand nous nous repassions les phases de jeu importantes, quand nous critiquions les actions personnelles des uns et des autres, quand nous décortiquions les stratégies de chaque équipe, quand les adversaires sur le terrain, presque des ennemis, redevenaient des copains avec lesquels nous plaisantions en attendant de nous retrouver au café devant une bière bien fraîche. Ces douleurs m’ont fait du bien. Parce qu’avec elles, ce sont les bons moments parisiens qui ont resurgi. Elles m’ont aussi rappelé que j’avais un corps. Un corps encore exploitable que je n’exploitais plus.

Foot reykjavik

Alors je recommencerai la semaine prochaine. Et puis les suivantes. Mais sur un terrain gazonné cette fois, et à proximité immédiate de l’océan.

À propos de eric

Chroniqueur taquin en phase d'apprentissage.

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2 comments

  1. ça c’est pas une mauvaise idée me semble-t-il !

  2. fais donc un ecg d’effort avant! tu es pere de famille…

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