ça s’est passé en septembre

Ce mois de septembre a été très politique, avec, déjà, la préparation des élections législatives du printemps 2013, et plus discrètement les débats autour de la réforme constitutionnelle. De plus, à mi-chemin du politique et de l’économique, la Banque Centrale a jeté un pavé dans la mare avec la publication d’une étude sur les choix à venir à propos de la monnaie.

Actualité politique

A l’Alþingi
Source : www.forseti.is
Le 11 septembre le Président Ólafur Ragnar Grímsson ouvre solennellement la 141ème session de l’Alþingi. Dans son discours il insiste sur le peu de considération dont bénéficie le parlement, propose son aide pour en restaurer l’autorité, l’invite à éviter les polémiques stériles durant l’hiver et à modifier ses méthodes de travail pour ne pas laisser les projets s’entasser. Il est vrai que le gouvernement doit présenter 177 projets !
Il est très probable qu’en entendant ce discours, les membres de tous bords de l’Alþingi ont du penser au pompier pyromane : en provoquant à propos de Icesave deux référendums successifs sur des lois votées par l’Alþingi (1), le Président n’a certainement pas contribué à améliorer l’image de ce dernier ! Il sera intéressant de voir ce que propose l’ancien professeur de sciences politiques ! En fait les parlementaires semblent n’avoir d’yeux que pour l’élection à venir et (déjà !) la composition du futur gouvernement.
La préparation des élections
La faible considération dont jouissent l’Alþingi et ses membres est confirmée sondages après sondages. Selon le dernier (5 septembre 2012), réalisé par Capacent Gallup, 71% seulement des électeurs voteraient pour l’un des partis présents à l’Alþingi. Les 29% autres se répartissent pour moitié entre abstention et vote pour les nouveaux partis. Ceux-ci créent donc une large incertitude puisque leur audience est fluctuante (2), et que leur position sur l’adhésion à l’UE, qui sera l’enjeu essentiel de ces élections, est peu claire. Pourtant, selon le même sondage, une victoire du Parti de l’Indépendance paraît probable : + 11 députés (soit 27, 2 de plus qu’avant la crise !) ; de son coté le Parti du Progrès passerait de 9 à 10 représentants. En conséquence, la majorité actuelle deviendrait largement minoritaire, chacun des deux partis perdant quatre sièges (Alliance Social-démocrate de 20 à 16, Gauche Verte de 14 à 10). Le Mouvement n’aurait aucun représentant.
Quelles sont les alliances possibles ? Les deux partis au pouvoir semblent d’accord pour continuer leur collaboration, même tumultueuse, mais sauf retournement il leur faudra un allié ! Jóhanna Sigurðardóttir a déjà fait savoir que l’Alliance Social-démocrate ne coopérerait qu’avec un parti acceptant de conduire à son terme la négociation pour l’adhésion avec l’Union Européenne, ce qui élimine le Parti de l’Indépendance. Reste le Parti du Progrès… On sent bien que Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, son président, verrait bien son parti et lui-même au gouvernement, mais à quel prix ?
D’ores et déjà, les « primaires » sont lancées, dans lesquelles les candidats postulent pour une place sur la liste de leur parti, la première ou une autre. C’est l’occasion de rendre publiques un certain nombre d’ambitions, telle celle de Hanna Birna Kristjánsdóttir, ancien maire de Reykjavík et candidate malheureuse à la présidence du Parti de l’Indépendance, qui souhaite prendre la tête de liste pour son parti à Reykjavík.
Jóhanna Sigurðardóttir
C’est aussi l’occasion d’annoncer les départs, dont trois en septembre de trois femmes qui ont joué un grand rôle dans la vie politique de l’île : Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir (Parti de l’Indépendance), Siv Friðleifsdóttir (Parti du Progrès), et surtout Jóhanna Sigurðardóttir elle-même.
Siv est députée depuis 1995 et a été ministre pendant six ans ; Þorgerður Katrín, Vice-Présidente du Parti de l’Indépendance est députée depuis 1999, et ministre elle aussi pendant six ans. Dans les deux cas ces femmes encore jeunes expliquent leur départ par un choix personnel, mais on ne peut s’empêcher d’y voir aussi la conséquence d’un malaise au sein de leurs partis respectifs, par exemple quand Þorgerður Katrín dit craindre une dérive « Tea Party » du Parti de l’Indépendance. Il convient de leur joindre le départ annoncé fin août de Ólöf Nordal, elle aussi vice-présidente du Parti de l’Indépendance, toujours pour des « raisons personnelles ».
L’annonce de la retraite de Jóhanna Sigurðardóttir, si elle n’est pas vraiment une surprise, aura plus de répercussions. Ancienne hôtesse de l’air, elle-même fille de député, Jóhanna a siégé sans interruption depuis 1978 et a été ministre des Affaires Sociales pendant 7 ans, avant de devenir Premier Ministre en janvier 2009. Jóhanna est la première femme à avoir assuré cette fonction en Islande.
Qui la remplacera à la tête de l’Alliance Social-démocrate ? Pour l’heure, si certain(e)s ont fait connaître leur intérêt de manière plus ou moins explicite, aucune personnalité n’émerge vraiment.
La réforme constitutionnelle
Voici un sujet qui semble intéresser en France plus qu’en Islande (3). Il est vrai que très peu a été fait pour motiver l’électeur et lui montrer que c’est un sujet important pour lui. Ainsi le Parti de l’Indépendance préconisera le « non » au référendum, d’une part parce qu’il juge ses rédacteurs incompétents, d’autre part parce que l’Alþingi n’a pas eu à se prononcer sur le texte. Il ne dit rien de son contenu, mais en privé Bjarni Benediktsson, son président, reconnaît l’intérêt de certaines dispositions ! On doit convenir que le référendum du 20 octobre porte sur un texte de 15 pages et 114 articles (4) pas toujours accessibles aux non initiés, ni même aux autres ; de plus il a été divisé en 6 questions ! Qui se rendra aux urnes ? Une réflexion sur les institutions régissant l’île, tant politiques que judiciaires, paraît indispensable à beaucoup ; il est dommage que l’idée d’une constitution conçue par des « citoyens de base » risque ainsi de tomber dans le vide alors que le sujet qu’ils ont traité est si important et qu’ils l’ont fait de manière très sérieuse… Rendez-vous fin octobre…
Actualité économique
Commençons par la nouvelle moins bonne que de coutume : la progression du PNB n’aura été en 2011 que de 2.6% et non 3.1% comme les premières estimations l’avaient laissé croire (5). Le Bureau des Statistiques rappelle que ce résultat, même revu à la baisse, suit une récession de 6.6% en 2009 et 4% en 2010. Par contre la prévision pour 2012 et 2013 reste sensiblement supérieure à 3%.
Nos indicateurs habituels, balance commerciale, chômage, restent au vert. Pour ce qui concerne l’inflation, l’indice, après plusieurs mois de quasi-stabilité, a progressé de près de 0.8% en septembre (carburants et billets d’avion) à la suite de la fin des soldes, mais le rythme annuel ralentit à 4.5%.
Comme le remarque le FMI dans son point du 28 septembre (6) le principal problème aujourd’hui est la levée du contrôle des changes. Celle-ci est déjà engagée, trop lentement au gré des grandes entreprises, mais la crainte est encore grande d’un dérapage incontrôlé de la monnaie, alors que celle-ci, qui a perdu le terrain gagné cet été (7), doit être soutenue par la Banque Centrale. La BCI ne modifie pas son taux directeur.
Couronne islandaise ou euro ?
Mais son président, Már Guðmundsson, jette un pavé dans la mare en présentant l’étude réalisée par ses collaborateurs à propos de la monnaie : deux ans de travaux pour 623 pages ! Selon ses auteurs, tous les choix autres que le maintien de l’Ikr ou le passage à l’euro doivent être écartés : association au dollar américain ou canadien, association à la livre, etc., car les échanges commerciaux de l’Islande ont surtout lieu avec les pays de la zone euro. Entre les deux options restantes le choix est d’ordre politique : l’Islande veut elle rester totalement indépendante pour ses choix économiques, au risque d’être isolée et de payer très cher le soutien de sa monnaie ? Ou veut-elle intégrer une zone plus vaste, plus sure malgré les turbulences actuelles, mais dont elle devra accepter les contraintes, qui aujourd’hui tendent à se durcir ? De plus l’intégration à la zone euro suppose d’entrer dans l’Union Européenne.
Choix politique ? Jóhanna, Premier Ministre et Össur, Ministre des Affaires Etrangères, bien évidemment s’emparent du rapport pour faire avancer leurs idées, ce dernier à l’occasion d’un colloque organisé par la Chambre de Commerce Franco-islandaise. Le mutisme des opposants montre leur embarras.
Icesave
Voir le spot : http://bit.ly/R79kPe
Icesave manquait à ces chroniques, la voici de retour. Le 18 septembre (8) à Luxembourg ont été déposées les conclusions verbales et écrites des parties dans le litige opposant les Islandais aux Britanniques et Néerlandais, auxquels s’est jointe l’Union Européenne. Pour ces derniers les autorités islandaises ont failli dans leurs obligations d’assurance des sommes déposées dans les banques de l’île et en discriminant les clients islandais et les autres. Tim Ward, en charge de défendre les autorités islandaises, fait valoir que les fonds de garantie ne sont pas destinés à rembourser intégralement les clients des banques quand un pays est confronté à une crise comme celle que l’Islande a connue.
Le conflit du maquereau
On sait que Icesave n’est pas le seul sujet de confrontation de l’Islande avec les Européens ; la maquereau en est un autre, dont je rappelle l’origine : suivant le réchauffement des mers les bancs de maquereaux migrent vers le nord, notamment les eaux islandaises. Les Islandais comme les Féringiens ont donc demandé à l’UE une renégociation des quotas ; ce qui leur a été refusé dans un premier temps. Après des décisions unilatérales des deux pays, des négociations ont débuté sous l’égide de María Damanáki, Commissaire Européenne à la pêche : en vain, les Islandais considérant que les pays de l’UE et la Norvège ne font aucune concession. Dernier développement : le Parlement européen vient de voter une motion autorisant la Commission Européenne à prendre toutes sanctions utiles à l’égard de l’Islande et des Féroés. Voici bien sûr un nouvel argument fourni aux opposants islandais à l’adhésion à l’UE !
Autre information : Century Aluminium maison-mère de Norðurál annonce que les négociations pour la fourniture d’électricité à l’usine de production d’aluminium de Helguvík sont presque achevées. Dans ces conditions on peut espérer que la production démarrera en 2015.
Relations extérieures
Össur Skarphéðinsson / Source : www.dv.is
Manœuvres en Mer du Groenland
Le 10 septembre, et pendant 4 jours, les Islandais participent à des manœuvres de recherches et de sauvetages en Mer du Groenland, organisées par le Conseil des Pays Arctiques.
Össur Skarphéðinsson reçoit :
  • le 14 septembre (9), Villy Søvndal, ministre danois des Affaires Etrangères ; au menu : l’Arctique, Icesave et les maquereaux,
  • le 17 septembre (10), Erato Kozakou-Marcoullis ministre chypriote des Affaires Etrangères. Chypre préside actuellement l’Union Européenne. La ministre a peut-être apporté une réponse à la question souvent posée par les opposants à l’adhésion : que se passerait-il quand il reviendrait à l’Islande de présider l’UE ?
Össur aux Nations Unies (11)
Intervenant lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 29 septembre, Össur critique « durement » (selon les termes du communiqué du Ministère) l’inertie du Conseil de Sécurité face aux divers problèmes en suspens dans le monde, notamment au Moyen Orient, et réaffirme le soutien de son pays à la Palestine.
Et pendant ce temps la vie continue…
  • 08.09 : Jón Margeir Sverrisson est médaillé d’or aux Jeux Paralympiques (200 mètres crawl),
  • 11.09 : la tempête de neige gêne considérablement le rassemblement des moutons dans le nord-est ; des milliers meurent étouffés,
  • 11.09 : 20% des étudiants islandais étudient à l’étranger,
  • 18.09 : comme en 2010 Emilía est le nom le plus souvent donné aux filles nées en 2011 ; et Aron aux garçons,
  • 18.09 : selon The Economist les paysans islandais sont au monde les plus gros propriétaires de tracteurs par exploitation ; le double du pays suivant,
  • 21.09 : autre record : l’Islande est au monde le pays où les chances de survivre à une opération chirurgicale sont les plus élevées,
  • 21.09 : 996 rennes ont été tués cette année, soit 17 de moins que le quota autorisé,
  • 28.09 : Ólafur Ragnar Grímsson annonce que sa réélection a coûté 6.5 millions d’Ikr (40000 €) dont il a payé lui-même 2.1 millions. Þóra Arnórsdóttir a dépensé deux fois plus pour deux fois moins de voix. Au total la campagne a coûté 25 millions d’Ikr (156000 €) aux six candidats,
  • Août-septembre : pour son film « The Secret Life of Walter Mutty » Ben Stiller transforme l’Islande en Groenland: Egilsstaðir, Höfn, Borgarnes, Garðar et même Stykkishólmur sont repeints, des routes fermées, le ferry Baldur dérouté, et des Thaïlandais vivant en Islande maquillés en Esquimaux !!!
(1) dont la dernière à une large majorité :  44 voix pour, 16 contre et 3 abstentions
(2) Il faut 5% des suffrages exprimés pour être représenté à l’Alþingi
(3) Sur la rédaction du texte voir la chronique de juillet-août 2011 ; sur le référendum et les questions posées voir celle de mars et mai 2012
(4) Plus 170 pages d’explications !
(5) Les résultats corrigés peuvent être consultés dans la revue Hagtíðindi (https://hagstofa.is/lisalib/getfile.aspx?ItemID=14181 ) dont les dernières pages et les tableaux sont en anglais
(7) 1 euro = 159.71 Ikr au 2 octobre (148.23 Ikr au 2 août)

À propos de Michel

Ces lignes sont le résultat de lectures, de suggestions et d’informations que je peux obtenir autour de moi, mais elles n’engagent que ma seule responsabilité.

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