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Sigmundur David Gunnlaugsson
Source : http://www.gulf-times.com/

Suite des Législatives en Islande : le nouveau Gouvernement s’installe.

Depuis les élections législatives, près de quatre semaines se sont écoulées, nécessaires pour mettre sur pied le nouveau gouvernement et son programme. Ni l’un ni l’autre ne contiennent de grandes surprises par rapport à ce qui a été dit pendant la campagne électorale. Les observateurs étrangers pourtant s’étonnent : le président Ólafur Ragnar Grímsson confie la responsabilité de former le gouvernement au parti arrivé second dans la course électorale. Mais en Islande ce choix paraît logique : en passant de 14.8% à 24.4% des suffrages exprimés, et de 9 à 19 élus, le Parti du Progrès est « plus » vainqueur que le Parti de l’Indépendance, qui avec 26.7% des suffrages (23.7 en 2009) ne regagne que 3 des 9 députés perdus en 2009 et a lui aussi 19 élus.

En chemin le Président s’octroie un pouvoir supplémentaire :

« j’ai choisi Sigmundur Davíð Gunnlaugsson à cause de ses propositions sur la réduction de l’endettement des ménages… »

ThingvellirUn tel pouvoir est bien prévu dans la constitution, mais en pratique le président doit se ranger à l‘avis des chefs de la majorité. Bjarni Benediktsson, Président du Parti de l’Indépendance, ne s’en formalise pas et saura obtenir des compensations : 5 ministères sur 9 et la présidence de l’Alþingi. Après avoir consacré quelques heures à consulter ses homologues des partis ayant des élus dans la nouvelle assemblée, Sigmundur Davíð se tourne logiquement vers Bjarni et entame avec lui une série d’entretiens, presque toujours en tête à tête, et souvent à Þingvellir, dont presque rien ne filtre.

Le gouvernement annoncé le 23 mai et confirmé par le président Ólafur Ragnar Grímsson est le suivant :

  • Sigmundur Davíð Gunnlaugsson (Parti du Progrès) : Premier Ministre
  • Bjarni Benediktsson (Parti de l’Indépendance) : Finances et Economie
  • Eygló Harðardóttir (Parti du Progrès) : Affaires Sociales
  • Gunnar Bragi Sveinsson (Parti du Progrès) : Affaires Etrangères
  • Hanna Birna Kristjánsdóttir (Parti de l’Indépendance) : Intérieur
  • Illugi Gunnarsson (Parti de l’Indépendance) : Education et Culture
  • Kristján Þór Júliusson (Parti de l’Indépendance) : Santé Ragnheiður
  • Elín Árnadóttir (Parti de l’Indépendance) : Industrie et Commerce
  • Sigurður Ingi Jóhannsson (Parti du Progrès) : Pêche et Agriculture, et Environnement

Bien que le ministère de l’Environnement disparaisse pour être rattaché à la Pêche et l’Agriculture, ce gouvernement comprend un ministère de plus que le précédent dans sa dernière forme. Bjarni Benediktsson a en effet insisté pour que soit créé un ministère de la Santé à part entière, confié à Kristján Þór Júliusson, plusieurs fois candidat à la tête du parti de l’Indépendance. Par ailleurs ce gouvernement ne comprend que 3 femmes. Mais c’est surtout son inexpérience ministérielle que les commentateurs relèvent, et que Sigmundur Davíð met en avant comme une force : aucun des neuf n’a été ministre. Par contre la plupart ont un passé, études, profession, participation à des commissions, les préparant à leur fonction.

Sigmundur Davíð Gunnlaugsson est né à Reykjavík le 12 mars 1975 et n’a donc que 38 ans, ce qui en fait le plus jeune Premier Ministre de l’histoire de l’Islande. Son père, Gunnlaugur M. Sigmundsson, a été député du Parti du Progrès (1995-1999) et dirigeant d’entreprises. Sigmundur a fait des études d’économie à l’Université d’Islande, qu’il a complétées à l’Université de Copenhague. Il a ensuite étudié les sciences politiques à Oxford, où il a obtenu un doctorat. Avant de s’engager en politique Sigmundur a été journaliste. Il est député depuis 2009.

Bjarni Benediktsson est né le 26 janvier 1970 à Reykjavík, souvent appelé « úngi » pour le distinguer de son grand oncle Premier Ministre de 1963 à 1970. Comme son père, Benedikt Sveinsson, Bjarni est juriste de formation, ayant étudié à l’Université d’Islande puis en Allemagne, avant d’obtenir un master à l’Université de Miami. Il est député depuis 2003.

Le programme de gouvernement, dont les deux présidents ont manifestement pesé chaque mot, est inégalement précis sur leurs intentions. Mais les grandes orientations sont conformes aux engagements pris pendant la campagne :

  1. accent mis sur la situation des ménages en réduisant leur endettement immobilier et en allégeant et simplifiant la fiscalité. La réduction de l’endettement serait financée en mettant à contribution les liquidateurs des anciennes banques et les détenteurs étrangers de fonds libellés en couronnes,
  2. allègement de la fiscalité des entreprises,
  3. révision du nouveau système de taxation des produits de la pêche,
  4. allégement progressif du contrôle des changes,
  5. maintien de la couronne comme monnaie,
  6. actions particulières en faveur de l’emploi.

nouveau gouvernement islandais

Pour ce qui concerne les institutions, l’accord mentionne que la révision de la constitution sera poursuivie, notamment pour favoriser la participation des citoyens, mais précise que ce sera de la responsabilité de l’Alþingi. Les négociations avec l’Union Européenne seront bien entendu suspendues et ne reprendront qu’après un référendum positif, que manifestement les nouveaux dirigeants ne sont pas pressés d’organiser. Gunnar Bragi Sveinsson, nouveau ministre des Affaires Etrangères, veut développer des coopérations avec toutes les nations, mais exprime son « envie de regarder plus particulièrement vers le nord et l’ouest ».

Les nouveaux opposants souhaitent bon vent à ce gouvernement, mais évidemment s’inquiètent :

« toujours aucune réponse aux questions posées pendant la campagne » (Katrín Jakobsdóttir – Gauche Verte),

« beaucoup de paroles pour peu de matière » (Árni Páll Árnason – Alliance Social-démocrate),

« un accord non viable » (Guðmundur Steingrímsson – Avenir Radieux)…

À propos de Michel

Ces lignes sont le résultat de lectures, de suggestions et d’informations que je peux obtenir autour de moi, mais elles n’engagent que ma seule responsabilité.

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2 comments

  1. Roger Miesiac

    Actions particulières en faveur de l’emploi…. ça veut dire quoi précisement ?

    • Michel Sallé

      Ces quelques lignes font partie des nombreuses écrites en « langue de bois ». En bref tout le projet des rédacteurs repose sur une reprise de l’activité, qui elle même suppose une reprise de l’investissement. Il est vrai que ce point est l’un des principaux échecs du précédent gouvernement, en désaccord constant sur les choix principaux choix industriels, et sur l’intérêt d’attirer des capitaux étrangers.

      Michel

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