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Islande : ça s’est passé en novembre

« Skuldaniðurfelling heimilanna » : l’expression, écrivais-je en juillet 2013, «est sur toutes les bouches, et le suspense insupportable !». Le 30 novembre le suspense est levé et une nouvelle expression remplace la précédente : «leiðréttingin ». Pour la présenter, le gouvernement n’a pas ménagé ses efforts : logo spécifique joliment dessiné, conférence de presse à Harpa, document d’explications en forme de diaporama de 90 pages avec un grand nombre d’exemples.

Que propose le groupe de travail en charge de concrétiser l’engagement électoral le plus emblématique de Sigmundur Davíð Gunnlaugsson et du Parti du Progrès ?

  • Une réduction de 13% du capital emprunté après 2007 pour tout achat immobilier,
  • la possibilité d’utiliser une partie de l’épargne-retraite des ménages pour réduire plus encore ce capital, assortie d’un dégrèvement fiscal.

L’auteur de ces chroniques a pu parfois se montrer sceptique sur la réalisation de la promesse du nouveau Premier Ministre ; mais il faut reconnaître que le projet a de l’ampleur et mérite attention :

  • 13% de correction : il s’agit de la progression de l’indexation des emprunts au-delà de 4.8% entre décembre 2007 et aout 2010. Cette correction est limitée à 4 millions d’Ikr, soit 24.270€, mais ne devrait concerner que 10% des emprunts. En seront déduites les annulations ou réductions obtenues par application du « système 110% » mis en place par le précédent gouvernement. Concrètement, elle sera calculée à la demande de l’emprunteur par l’organisme qui lui a consenti le prêt et versée dans un fond fictif dont le montant sera réduit de 25% chaque année jusqu’à 2017 par une contribution de l’Etat. Le financement de cette somme sera inscrit dans la loi de finance de chaque année. L’emprunteur continuera à rembourser son emprunt recalculé, selon les modalités prévues au départ,
  • réduction du capital emprunté par l’épargne retraite des ménages : il s’agit pour ceux qui le souhaitent de consacrer une partie de leur cotisation au fond de retraite dont ils dépendent à la réduction du capital emprunté. Les intéressés pourront verser 4% de leur revenu en franchise d’impôt et leur employeur 2%. La mesure est limitée à 3 ans et à 500.000 Ikr d’exemption fiscale par ménage. Le coût total de l’ensemble est estimé à 150 milliards d’Ikr (910 millions d’euros !!!) répartis approximativement par moitiés entre les deux mesures. Dans une économie aussi étroite que l’islandaise de telles mesures ont nécessairement un impact macro-économique important.

Le Bureau des Statistiques l’a calculé pour la commission pour 2014 :

  • la consommation privée progresserait de 0.4% et attendrait 2.9%,
  • le PNB progresserait de 0.1%, à 2.6%,
  • par contre l’excédent commercial diminuerait de 0.2%,
  • l’emploi ne serait pas affecté, l’inflation très peu (+0.1%).

actu islandeCes calculs laissent perplexe : comment, par exemple, la progression de la consommation privée n’aura-t-elle qu’un impact mineur sur l’inflation ? L’opposition est dans l’embarras, ainsi que les nombreux opposants au projet du premier Ministre au sein du Parti de l’Indépendance : comment critiquer un projet qui va redistribuer en moyenne 2800€ à chaque habitant de l’Islande !?

Les questions pourtant ne manquent pas, dont celle du financement.

Sigmundur Davíð avait promis que son plan de réduction des dettes des ménages ne coûterait rien à l’Etat, car il serait financé par les liquidateurs des anciennes banques. Selon le plan proposé, il appartiendra à l’Etat de définir chaque année les modalités de financement. Pour 2014, selon Bjarni Benediktsson, Ministre des Finances, l’impôt sur les banques rapportera 37.5 milliards d’Ikr, dont 11.2 venus des banques en cours de liquidation. Mais, compte tenu de la volonté du ministre, affichée lors du débat budgétaire, de présenter un budget en équilibre, il va falloir trouver d’autres ressources et/ou engager d’autres économies pour y parvenir alors que celles-ci vont déjà affecter lourdement les dépenses d’éducation et de santé. Les débats des prochaines semaines devraient nous éclairer.

La situation politique : Des reclassements en cours…

Ce projet suffira-t-il à redonner de la crédibilité au gouvernement et notamment à son chef ? Depuis plusieurs mois les sondages sont très inquiétants pour lui : selon le dernier, réalisé entre le 26 et le 28 novembre, le Parti du Progrès n’est plus qu’à 15% des intentions de vote (24.4% aux dernières élections), et le Parti de l’Indépendance n’en profite pas : 27% (même niveau qu’aux élections). Mais les deux partis de l’ancienne majorité n’en bénéficient guère plus puisque l’Alliance social-démocrate n’est qu’à 13.8% (12.9% aux élections) et la Gauche Verte à 12.8% (10.9%). Les bénéficiaires sont l’Avenir Radieux, qui avec 15% (8.3% en avril) devient le deuxième parti d’Islande, et dans une moindre mesure le Parti des Pirates (7.3% contre 5%). Il paraît évident que le Parti du Progrès va reprendre une partie du terrain perdu. Combien ? Combien de temps ? Au détriment de qui ?

Jón Gnarr et Reykjavík

Peut-être faut-il voir dans la progression d’Avenir Radieux une conséquence d’une nouvelle surprise de Jón Gnarr : il ne se représentera pas aux élections municipales du printemps ; le Meilleur Parti sera dissous et laissera la place à Avenir Radieux, dont sa plus proche collaboratrice, Heiða Kristín Helgadóttir, est cofondatrice. De fait le report semble se faire puisque ce parti est crédité de 35% des intentions de vote (soit 7 conseillers sur 15) dans la ville de Reykjavík. Mais il est sur que nous constaterons des évolutions à mesure que les primaires auront lieu et que les candidats seront connus. Si le choix de Jón Gnarr semble prendre tout le monde à revers, il est conforme au personnage et à sa volonté de ne pas s’installer dans une posture d’homme politique ordinaire, reconnaissant du même coup que l’action politique est aussi un métier.

actu islande

Dans un entretien à la radio, le 23 novembre, Jón explique sa décision de créer le Meilleur Parti par l’envie de mettre de la bonne humeur et de la légèreté dans une population gravement touchée par la crise, mais il avoue avoir du mal à s’inscrire dans la logique « pour ou contre ». Pourtant c’est par 12 voix contre 3 qu’est voté le schéma directeur de Reykjavík pour la période 2013-2030, qui est lui-même l’actualisation du schéma 2001-2024. Ce schéma est structuré en quatre parties : « une ville pour lespersonnes », « une ville au bord de l’eau », « une ville verte », et « une ville créative ». Sa caractéristique essentielle est la volonté de densifier la population plutôt que de laisser s’ouvrir de nouveaux quartiers toujours plus éloignés du centre et des lieux de travail. 90% des nouveaux logements seront construits dans des quartiers existants ; il sera ainsi plus facile d’atteindre l’objectif de 12% des trajets domicile-travail (4% aujourd’hui) effectués par les transports en commun, et 30% (21% aujourd’hui) à pied ou en vélo.

Autre décision importante, prise en dépit de l’avis personnel de Jón Gnarr : le report de 2016 à 2022 du droit d’exploitation de l’aéroport de Vatnsmýri (Reykjavík intra muros) par Icelandair.

Situation économique

Je reviendrai sur les principaux indicateurs le mois prochain. Leur tendance reste la même que les mois passés mais les prévisions devront être revues en fonction du plan évoqué plus haut, plus peut-être que ce que le rapport de la commission en dit. Cette tendance, l’évolution des prix en particulier, sera aussi affectée par les résultats de la négociation en cours entre syndicats d’employeurs et d’employés pour parvenir à l’accord collectif qui devrait régir notamment l’évolution des salaires pour les mois à venir.

Relations internationales

30-10 : comme tous les pays européens l’Islande exige des explications de la part des autorités américaines sur l’espionnage dont elle a été victime,

08–11 : à l’occasion de l’inauguration de la représentation permanente de l’Islande au Groenland, Gunnar Bragi Sveinsson a rencontré Aleqa Hammond, présidente du conseil groënlandais,

19–11 : la Reine Margrethe de Danemark est reçue en grande pompe à Bessastaðir à l’occasion du 350ème anniversaire de la naissance de Árni Magnússon (connu pour avoir collecté les manuscrits islandais anciens),

21–11 : en tant que présidente du Conseil de l’AELE, l’Islande demande, lors d’une réunion commune UE/AELE tenue à Bruxelles, une coopération accrue au sein de l’Espace Economique Européen qui associe les deux entités,

26–11 : Gunnar Bragi Sveinsson a rencontré son homologue britannique : William Hague. Au menu des entretiens, notamment : l’Union européenne et les problèmes et perspectives de la région arctique.

actu islandeLa revue «Diplomatie» de novembre 2013 (n°65) propose un dossier sur l’Islande, qui inclut notamment un entretien avec Berglind Ásgeirsdóttir, Ambassadeure d’Islande en France, dans lequel celle-ci fait le point sur les nouvelles orientations de la politique étrangère islandaise.

Ecrits politiques : Six mois après le changement de majorité la parole est à la défense. Dans la même semaine paraissent deux livres dont les auteurs sont des ministres importants de la précédente majorité :

 

  • Steingrímur J. Sigfússon, ancien président de la Gauche Verte, et Össur Skarphéðinsson, militant de la cause européenne.
  • Mais le plus politique est incontestablement celui de Jónína Léósdóttir, intitulé « Við Jóhanna » (Jóhanna et actu islandemoi) qui conte un amour né voici trente ans entre deux femmes mariées et mères de famille que rien ne préparait à cette relation. Le dernier chapitre nous décrit la vie de ces deux femmes lorsque l’une d’elle est Premier Ministre et veut être accompagnée de sa conjointe (elles se sont mariées en 2010, dès le lendemain de la promulgation de la loi autorisant le mariage homosexuel) dans ses voyages officiels, transformant ainsi une relation privée en un message international, peu relayé, malheureusement, par notre presse.

Fait divers ?

Le 29 novembre : la police ramasse une tête de cochon déposée sur le terrain où sera construit la Mosquée de Reykjavík ; elle ne semble pas y voir un geste anti-musulman jusqu’à ce que ce geste soit revendiqué par un certain Óskar en référence à ce qui se passe en Suède.

Pendant ce temps la vie continue

  • Début novembre : le Kolgrafafjörður (nord du Snæfellsnes) se remplit à nouveau de harengs : pour les faire fuir on envisage d’installer un dispositif imitant le chant des baleines,
  • 30 – 11 : un homme qui tirait au fusil de sa fenêtre est abattu par la police. C’est la première fois que la police se trouve contrainte de tuer un forcené.

Mais à tout ce qui précède, permettez moi de préférer ce qui suit…

actu islande

À propos de Michel

Ces lignes sont le résultat de lectures, de suggestions et d’informations que je peux obtenir autour de moi, mais elles n’engagent que ma seule responsabilité.

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