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Noël en Islande

Noël en Islande : entre traditions et innovations !

Noël en Islande comme partout ailleurs dans les pays de culture occidentale et chrétienne est un symbole à bien des titres. Ici aussi les traditions sont omniprésentes et occupent une large place dans nos conversations. Ceux qui lisent les chroniques de « Vivre en Islande » doivent connaître les fils de Grýla qui tiennent le rôle de Pères Noël sans en être, avec leur humour grinçant ou déluré qui reflète bien les craintes ou les priorités des temps passés. Ils connaissent sans doute aussi l’une des particularités des réveillons islandais – le laufabrauð – que les familles redécouvrent dans leur quête des traditions passées. Elles se rassemblent pour cuire et décorer quelques centaines de ces galettes plates que les habitants du nord du pays avaient traditionnellement pour habitude de cuisiner. Il y a aussi la raie fermentée (pourtant si délicieuse quant elle est préparée avec du beurre noir !) qui nous vient des fjords de l’ouest, le hangikjöt ou mouton fumé avec le fumier de mouton (s’il est préparé dans les règles de l’art), seul combustible disponible au temps pas si lointain où l’on gardait pour les fêtes la pièce de choix parmi les produits de l’abattage de l’automne. Plus récemment, d’autres traditions nous sont parvenues : l’échine de porc fumé qui nous vient d’Allemagne via le Danemark (d’ailleurs il s’appelle en islandais hamborgarhryggur, l’échine de Hambourg !), la dinde, en provenance des Etats-Unis si je ne m’abuse. Il y a l’achat des cadeaux de Noël, une occupation qui confine au marathon disputé d’un centre commercial à l’autre; ici comme ailleurs la concurrence entre les écoliers avant et après les fêtes est impitoyable. Et puis à l’instar de «Petit tambour» (un air dont on peine à percevoir le côté joyeux !), la radio diffuse les mêmes airs de Noël que partout ailleurs, avec toutefois quelques chansons bien islandaises dont les paroles ont été déformées avec le temps. Les diablotins de Grýla par exemple, qui « montent sur une chaise où se trouve leur tasse, 9 nuits avant Noël nous venons vers la ville ». Comprenne qui peut. En fait « hóll » ou colline est devenu « stóll » soit chaise – et « kanna », qui signifie bien tasse, signifie aussi explorer.

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Bon. Mais cette chronique n’a pas que vocation à vous dépeindre des traditions dont vous trouverez les détails dans de nombreux sites touristiques ou informatifs sur l’Islande.

Une tradition (du latin « tradere » qui veut dire transmettre ou commercer) est une innovation qui a réussi. Avec néanmoins quelques exceptions. Explications. Au mois de décembre, l’hiver s’est bien installé, les journées sont très courtes et les premiers rayons du soleil n’apparaissent que vers 11 h du matin pour disparaître vers 15 h. Première conséquence : on dort nettement plus qu’en été. Conséquence corrélative : la circulation le matin est nettement marquée par les urbains ensommeillés, en retard au travail, qui prennent des risques inhabituels pour tenter de rattraper leur retard. Ajoutez un peu de neige, à laquelle les automobilistes n’ont pas encore eu le temps de s’habituer, ajoutez aussi sur le chemin du retour la nécessité de faire ses achats de Noël et vous obtenez un chaos parfaitement organisé sur la plupart des artères qui sillonnent la ville. Tradition bien établie, mais qui n’a rien à voir avec l’innovation.

A propos d’innovation encore, en voici une en passe de devenir une tradition bien établie. Il s’agit du marché fermier de Búrið. Il a ouvert en 2010, à l’occasion de la journée Terra Madre de Slow Food (le 10 décembre de chaque année), durant laquelle le mouvement fête dans le monde entier une production et une consommation alimentaires goûteuse, propre et juste. La première année le marché se tenait dans une tente de 100 m2 sur un parking devant la boutique Búrið (tenue par un membre Slow Food). 3000 personnes s’y sont pressées, raviesnoël en islande et surprises de voir qu’il était possible d’acheter des produits de qualité auprès des producteurs eux-mêmes. La deuxième année la tente avait doublé de taille et décision fut prise de trouver un local couvert pour 2013, compte-tenu de la demande des exposants. Pari lancé : l’opéra Harpa serait le siège du plus grand marché fermier jamais tenu en Islande. Pari tenu : 52 exposants présents, tous fermiers et petits producteurs de grande qualité, 13 000 visiteurs enthousiastes. Indépendamment de l’emplacement qui s’est révélé être parfait, le comportement des visiteurs, donc des consommateurs, s’est révélé remarquable. Ce marché fut un lieu de rencontre, de découvertes et de discussions avec les producteurs : acheter s’est avéré être réellement un acte politique. Les badauds étaient à la fois curieux et fiers de découvrir ce que le pays pouvait produire. A Harpa certains ont compris qu’il était possible de rester un être humain parlant avec d’autres êtres humains, qu’il existait une alternative au concept cher aux propriétaires de supermarchés, du portemonnaie parlant à un tiroir- caisse. Innovation en passe de devenir tradition ? Espérons-le ! Les responsables et les consommateurs en redemandent en tout cas.

Une dernière tradition de Noël ?

Il faut la chercher aussi au centre-ville, sur le square de Austurvöllur – vous avez deviné, au Parlement. L’Alþingi doit voter la Loi des Finances avant la fin de l’année, et comme partout il s’agit de l’une des batailles politiques les plus âpres. Et les mauvaises habitudes deviennent alors des traditions. Au cours des années noël en isandepassées, l’opposition pratiquait une stratégie de blocage systématique en accaparant la parole pour ne rien dire (il existe même en mot en islandais pour ce comportement : málþóf). Cette année, le travail préparatoire de cette loi concernait des priorités qui tenaient manifestement peu compte des conditions de vie de ce peuple supposé à la fois si riche et si dépendant d’un système social à la scandinave. Sombres coupes budgétaires à la radio, sur l’aide au développement, sur les allocations chômage ou familiales, sur les fonds culturels (cinéma, théâtres et autres) – tout en protégeant les intérêts des armateurs (qui dégagent des milliards de bénéfices), du tourisme, en pleine expansion, en gardant un taux de TVA inférieur à la norme sur les services du secteur… La tradition du « málþóf » n’a pas été exploitée par l’opposition cette fois, en revanche les changements de priorités opérés par le gouvernement ont pris tellement de temps qu’il ne reste plus que 2 jours pour voter les quelques 100 projets de lois en attente avant que les parlementaires ne partent en congé de Noël. Comme tous les ans. Cette dernière tradition pose des questions sérieuses sur l’exercice de la démocratie.

À propos de Dominique

Slow foodienne à 100%.

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