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RÚV : radio de service public ou radio commerciale ?

L’Islande n’est assurément pas le seul pays qui, face aux coupes budgétaires jugées indispensables dans la plupart des pays d’Europe (et d’ailleurs), se pose la question de savoir si une radio nationale est nécessaire, quel type de radio nationale est envisageable, et donc quels doivent être ses objectifs et ses perspectives.

Les remous occasionnés par les coupes sombres dans le personnel et la gestion de RUV (Ríkisútvarpið), en novembre dernier, ont eu des conséquences immédiates. Personne est insensible à l’existence ou à l’avenir de RUV et ce, pour bien des raisons. Elle émet sur deux chaînes de radio : Rás 1, le canal culturel, et Rás 2 créée il y a 30 ans pour répondre à la demande des couches plus jeunes de la population, avant l’explosion des radios FM.

La chaîne de télévision a longtemps été la seule chaîne en Islande, et il y a environ 40 ans, la télévision émettait tous les soirs de la semaine sauf les jeudis, soirées alors réservées à l’orchestre symphonique (et un jour sans alcool, les boutiques du monopole étant fermées ces jours-là).

Dans ses statuts, RUV a une mission jugée primordiale de gardien de la langue et de la culture islandaises, et un véritable rôle de service public en invitant musique et sujets qui ne trouveraient pas d’autre plateforme de diffusion pour cause de non rentabilité commerciale. Accoucheuse culturelle et pépinière à la fois, dans tous les domaines de la culture et de la musique, RUV a toujours fait l’objet à la fois de convoitises et de critiques. Jusque-là rien que l’on ne trouve dans d’autres radios, en dehors de l’influence d’une exception culturelle véritable, puisque l’islandais n’est parlé que par 320 000 personnes.

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En septembre dernier, le directeur de RUV, a annoncé que la coupe budgétaire à laquelle il fallait s’attendre s’élèverait à 500 millions de couronnes sur un budget global de moins de 5 milliards de couronnes. Le financement par une taxe spécifique appliquée à toutes les personnes imposées ne serait plus garanti et il fut décidé de l’utiliser pour d’autres secteurs en difficulté comme par exemple l’Université et l’hôpital national. Pour la troisième fois depuis la crise financière depuis 2008, RUV a donc licencié 60 personnes dont 40 furent mises à pied immédiatement. Ce procédé expéditif pour le moins maladroit a entrainé la disparition concomitante de 10 émissions parmi les plus populaires de la chaîne culturelle Rás 1; la vive protestation des auditeurs qui en découla s’est manifestée partout où elle le pouvait : lors d’un meeting qui remplit à craquer le plus grand cinéma de la ville, sur les médias sociaux, dans la presse… Le directeur de la radio finit par démissionner après 8 ans d’une direction techniquement appréciée (bien qu’appelée par beaucoup « direction à l’audimat »), dans la mesure où la confiance avait disparu entre le conseil d’administration de la radio et le directeur.

Quel avenir pour RUV ?

D’abord, précisons que les considérations politiques ne peuvent être exclues de la réflexion. Le premier projet de loi présenté au parlement avait pour objet de changer et de politiser la composition du conseil d’administration de la radio, lequel comprenait ces dernières années une grande majorité de professionnels du secteur. Un certain nombre de politiciens appartenant aux partis au pouvoir, et en premier lieu le Ministre de la Culture ont été généreux en déclarations de RUVtoutes sortes, arguant que RUV devait se satisfaire du budget qui lui était alloué, qu’il n’y aurait pas de rallonge budgétaire, et que la taxe radio (qui garde son nom, amenant une grande confusion parmi le public) ne serait pas reversée à RUV en totalité dans le futur. De nombreuses voix se sont fait entendre également pour demander la vente publique de la chaîne Rás 2, en dépit de ses recettes publicitaires, qui lui permettent non seulement de s’autofinancer mais aussi de financer en grande partie la chaîne Rás 1. Notons en passant que les chaînes privées d’Islande réclament depuis de nombreuses années le retrait de RUV du marché de la publicité. Et qu’un certain nombre de voix d’ultra-libéraux s’élève afin que l’état se désengage de la radiodiffusion et de la télévision, estimant que les acteurs du privé sauraient bien mieux tenir ce rôle.
N’en déplaisent à ces adeptes du « tout privé », la majorité des islandais estime que le rôle de RUV en tant que radio d’état est indispensable, tant pour son rôle culturel que pour celui de pépinière. La qualité des émissions diffusées est le plus souvent reconnue, et RUV obtient les meilleurs scores de confiance lors des sondages concernant les médias. Lorsque certains, à droite comme à gauche, mettent en cause l’objectivité des journalistes quant à leur façon de traiter l’information, c’est souvent à l’aune de leur propre vision des choses, laquelle peut évidemment différer de celle exprimée par la rédaction. S’agissant de la programmation enfin, est-il besoin de préciser qu’aucune station n’a jamais séduit 100% de ses auditeurs ? Reste que RUV a toujours caracolé en tête des enquêtes d’audimat.

Il reste maintenant à nommer un nouveau directeur pour RUV; les candidats ne manquent pas : 40 personnes ont posé leur candidature – l’heureux élu devra certainement être du bon côté du politiquement correct. Il reste aussi à trouver un directeur des programmes, un directeur financier et probablement à réembaucher au moins quelques employés pour que la chaîne culturelle propose d’autres programmes que des rediffusions ou de la musique classique à longueur de journée. Et surtout, il est indispensable que la nouvelle direction s’attelle au plus vite à la définition d’objectifs pour le futur proche de RUV : quelle doit être la part du service public, quelle part peut prendre une chaîne commerciale et sur quelles bases ? Une chose est sûre : une grande majorité d’Islandais est prête à monter au créneau pour défendre leur radio, même si au quotidien, les « tentations radios FM », avec leur cohorte de musique pop américaine et de publicités diverses et variées, sont fortes.

À propos de Dominique

Slow foodienne à 100%.

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2 comments

  1. salut tout le monde je recherche un personne kevin colonna qui été mon amis d’enfance parti demenager en islande alors je fais cette chaine radio pour avoir de snouvelle de lui vu kil nes pas sur fb habitant a marseille france 🙂 voila sil peux repondre a mon adresse mail !

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