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Lundi, j’étais en Islande !

Nous sommes debouts, serrés les uns contre les autres sous la lumière éblouissante des néons. Il est plus de 20h. La rame traverse le sous-sol parisien dans l’obscurité artificielle des galeries souterraines. Autour de moi, les corps sont inertes et les regards mobiles à force de chercher des points d’appui visuels pour s’y fixer et éviter de se croiser. D’autres, têtes baissées, comme assoupis, s’affairent avec leurs deux pouces sur les quelques centimètres carrés de leurs claviers noirs. Sacré dextérité la jeune fille à ma gauche. Moi j’observe en rêvassant. Je scrute mes compatriotes en ressassant les songes pétillants de la réception qui vient de s’achever.

Il ne m’arrive pas si souvent de serrer la main d’un Président de la République,

fut-il celui d’une île qui compte moins d’habitants que la commune de Nice. Alors j’en profite. J’active ma mémoire, je titille mes neurones comme on fait défiler les images d’un smartphone.

islande en france

Pendant que devant de la résidence présidentielle, avenue Henri Martin, les pandores montent la garde, au 4e étage, je franchis la porte ouverte du grand appartement. Il est là. Aux côtés de Madame l’Ambassadrice d’Islande en France, Olafur Ragnar Grimsson accueille les visiteurs.

Je serre machinalement la longue main qui se tend en baragouinant quelques mots en anglais; un babillage dont le sens a manifestement échappé à mes hôtes. Berglind Ásgeirsdóttir me suggère opportunément de me présenter à nouveau. Ce que je parviens péniblement à faire. Je manque singulièrement d’expérience en matière de causerie Présidentielle. J’ai toutefois la présence d’esprit d’évoquer l’existence de ce site. Comme s’il doutait de mon aptitude à rédiger dans la langue de la Perfide Albion en écoutant mes explications, l’homme d’Etat me demande de confirmer qu’au moins j’écris bien en français lorsque j’évoque son pays. Je le rassure. Nos échanges s’arrêteront là. Derrière moi, d’autres invités se pressent pour se présenter à leur tour.

Qu’il doit être épuisant d’être Président !

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Je passe maintenant d’une salle à l’autre. Le lieu est spacieux. Décoration mise à part, car un tantinet chargée, l’endroit eut été parfait pour nous qui cherchions il y a peu de temps encore, un appartement digne de ce nom. Il y aurait ici matière à enflammer les ardeurs créatives d’une Florence Lopez.

Dans l’une des grandes pièces, les petits groupes se sont déjà formés. Le brouhaha monocorde des échanges multilingues flotte comme une lente mélopée. Telle une abeille butinant de fleur en fleur, je me faufile entre les cercles de dignitaires en cherchant quelques bouilles connues. Agrippés à leur coupe de Champagne comme un monarque à son sceptre, quelques quidams en mal de posture errent comme moi d’un salon feutré à l’autre. Profitant d’une rémission ponctuelle de ma timidité, j’aborde quelques-unes de ces âmes solitaires. En compagnie du représentant de la Corée à l’OCDE, je partage quelques pensées profondes sur la météo du moment. Avant de sympathiser avec Pascal, photographe, qui attend des connaissances Islandaises.

Mes connaissances à moi finissent aussi par arriver. Je retrouve Kristin, Edda, Sigridur, Michel, ce cher Marc, devenu maître dans l’art d’esquiver, avec une élégance toute diplomatique, les réponses aux questions qu’il me pose; et puis d’autres encore qui seront l’objet des prochains épisodes de « Reykjavik-Paris, aller simple ».

Le moment est plaisant. L’effervescence grisante des petites bulles dorées a fait son oeuvre. Les voix monotones se sont animées d’une vigueur nouvelle; elles oscillent maintenant au rythme d’éclats joyeux qui claquent dans les pièces. Dans une sorte d’écharpe, un bébé jouit paisiblement de la fête suspendu au ventre de sa maman, tandis qu’un petit garçon fouille dans les tiroirs d’une commode Présidentielle. A deux reprises, accompagnée par les mains baladeuses d’un pianiste qui flirte avec la peau blanche et noire de l’ivoire, une dame interrompt les convives et propulse sa voix forte, lisse, pure, aérienne. Elle chante, les torses de l’assistance Islandaise se gonflent avec elle à chaque refrain de A Sprengisandi, et les poils de mes bras à moi tanguent tels des marins enivrés sur un ponton de chair.

Je ne suis plus à un cocktail diplomatique à Paris, mais à une réunion de famille en Islande.
Pouvait-il en être autrement ?

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À propos de eric

Chroniqueur taquin en phase d'apprentissage.

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2 comments

  1. j’ai eu le plaisir et la surprise de serrer la louche de ce président lors de mon premier voyage en Islande ! C’était pendant la visite  » porte-ouverte » du palais présidentiel, les visiteurs et moi étions derrière la barriere de sécurité quand est arrivé ce monsieur que mes voisins ont reconnu et salué. Du coup j’ai reçu les salutations du président !
    drôle surprise !

    • je me souviens de ces « portes ouvertes »
      l’une de mes filles en avait profité pour ce faire photographier avec ses copains derrière le bureau présidentiel

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